Déonath, le coupeur de bois






Déonath parle un dialecte, le bhojpuri, difficile à comprendre. Il s’est marié deux fois : un mariage traditionnel, le premier, arrangé par ses parents, à l’intérieur de sa caste de "coupeur de bois", et un mariage d’amour avec Mamie, la femme à la peau d’écaille, la plus belle femme de la Terre, celle qui est et restera son épouse chérie… Cette deuxième union est intercaste, Mamie étant une "cueilleuse de mangues", alors que lui-même est un coupeur de bois.

Les proches ont fortement réprouvé, mais rien n’a arrêté les Amoureux. Pendant plusieurs années, ils n’ont eu aucun contact avec leur famille respective. Puis il y a eu les enfants, et les rapports se sont rétablis. Mamie une a gardé une taille de mannequin, grande, droite, fière, une flamme de panthère dans des yeux de biche… Je comprends qu’il en soit tombé amoureux ! Je l’aime beaucoup, en moi-même je l’appelle "La femme à la peau d’écaille", mais je m’adresse à elle par le terme affectueux de Mamie.

Les Amoureux
Les Amoureux

Pendant très longtemps, le couple avait une boutique dans le bazar, dans laquelle il vendait du bois pour faire des meubles. À cette époque, la famille, les 4 enfants plus deux neveux orphelins généreusement recueillis, vivait bien : "on mangeait de la viande tous les jours" disent-ils. Ils ont commencé à construire une maison, sur un terrain donné par le Maharadjah au Grand-père de Déonath. Quelques années plus tard, une route a été tracée à l’endroit où ils tenaient boutique, et le magasin a été démoli sans aucune compensation. Depuis, Déonath travaille avec son fils Télou pour un menuisier, mais ce n’est pas régulier. La maison est restée avec ses deux petites pièces, avec un air d’abandon, le terrain autour ayant été aménagé tant bien que mal avec quelques tôles posées sur des briques entassées.

Lorsque j’ai rencontré cette famille, ce fût le coup de foudre : Indou, la plus jeune, toujours gaie, Sindou la belle malheureuse, Telou le délicat, Bhabie la coquine, Pappou le timide… J’étais sous le charme de la beauté émanant de ces gens. Ils ne savent ni lire ni écrire, mais ils savent aimer… Leur terrain est à l’ombre de grands arbres, au bord du Gange, et Déonath me parlait souvent de me construire une chambrette sur un coin du terrain. En juillet 2001, je décidais de compléter leur maison avec trois pièces supplémentaires, et une grande chambre pour moi sur la terrasse, au premier étage. J’ai donc partagé la vie quotidienne de cette famille durant quatre années.





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