Aarti - Ramlila 2006
Le moment culminant du Ramlila, chaque soir, quand Ram est honoré de la flamme sacrée, déclenche les cris d’extase du public. Ici Ram et son frère Lakshman se retrouvent seul dans la forêt, le soir de l’enlèvement de Sita. Vous pouvez lire le synopsis de l’histoire à l’article Le Ramcharitmanas
Le dernier jour du Ramlila, les petits dieux sont menés dans les jardins du Rambhag à dos d’éléphant.
Imaginez la Bible jouée en son entier,
les épisodes s’égrenant jour après jour chargés des pèlerins accompagnant le Christ
depuis sa naissance, l’arrivée des mages, l’apparition de l’ange, le départ pour Nazareth, l’arrivée à la mer, jour après jour, ambulations, processions…
Vous aurez une idée de ce qu’est le Ramlila de Ramnagar : le Ramayana y est joué en depuis avant la naissance de Ram jusqu’à l’établissement de son règne, en passant par son mariage, son exil, la lutte avec les démons…
Plus de dix milles vers chantés au long des jours, plus de cents acteurs, des centaines de kilomètres parcourus…. Des détails infimes aux actes les plus spectaculaires, rien n’est épargné aux pèlerins… Lorsque le Livre dit : des nuages vinrent protéger Ram du soleil dans sa marche, eh bien des assistants portant des nuages de carton au bout de perches de bambou cheminent au côté de Ram, et lorsqu’à la saison des pluies il attend des nouvelles de Sita, enlevée par les démons, en haut d’une colline, la scène est jouée sur une colline, des éclairs zèbrent le ciel, et il pleut…
De quelques qualités extraordinaires du Ramlila de Ramnagar :
- Temporelles :
- Il se déroule à l’identique depuis le début du 19 ème siècle (aux environs de 1825)
- Èvènement annuel d’une durée d’un mois
- Dates déterminées par la pleine lune, en miroir avec les dates lunaires auxquelles se sont déroulées les événements de l’Histoire. (Pour les Hindous, ceci n’est pas une légende. Respectons-leurs idées)
- Rythme imposé par le soleil : début une heure avant son couché, interruption au crépuscule, reprise à la nuit.
- Continuité, durant 30 jours, quel que soit le temps : pluies diluviennes, fortes chaleurs…
- Spatiales :
Ramlila 2003, de Panchavati à Lanka
2km jusqu’à Lanka, la cité des démons, puis retour à Panchavati 20 mn plus tard, retour à Lanka encore une fois, à la suite
de Ravan
emmenant Sita, retour encore une fois à Panchavati pour la dernière scène du lila… Il sera plus de minuit. Les pèlerins marchent nus pieds…
- Du Shri Lanka au Népal, en traversant l’Inde, tel est son espace symbolique.
- Les lieux de représentation englobent tout le village et ses environs.
- Itinérance : de un à une douzaine de lieux différents dans une même soirée, selon les aléas de l’Histoire.
- Réalisme des directions dans les déplacements : lorsque Ram marche vers Lanka, le lila se déplace vers le Sud, lorsque Ram va à Janakpur, le lila se déplace vers le Nord…
- Réalisme des lieux : près du palais du Maharadjah lorsque la scène se situe dans un palais, dans la forêt au moment de l’exil, sur les chemins lorsque le héros fait des haltes ou des rencontres… Sur une butte lorsque Ram est sur une montagne, et les pèlerins s’assoient tant bien que mal sur les pentes…
- Matérielles
- Pas de microphone : les acteurs déclament de leur voix la plus forte devant des milliers de personnes, en plein air.
- Pas d’éclairage électrique : chaque soir, des pétromax pendues au bout de perches sont les seuls éclairage.
- Des effigies gigantesques, animées parfois…
- Scènes et décors sont installées au jour le jour dans les lieux, selon les lila. Lorsqu’un décor est utilisé dans deux scènes successives situées à distance, il fait route avec le public…
- Aucune installation n’est destinée au "spectateurs", chacun amène qui son pila (petit banc de bois), qui son bout de plastique.
- Humaines
Ramlila 2003 - Rameshwaram
21ème jour du lila. Ram s’apprête à livrer bataille… Beaucoup ont avec eux le Livre, afin de suivre au plus près. Certains sont assis sur leur pot à eau…
- La mise en œuvre est en grande partie effectuée sur la base du volontariat (200 personnes sur les 300 nécessaires).
- Elle demande deux mois de préparation, sachant que certains décors sont réutilisés d’une année sur l’autre, et que le spectacle est rodé… depuis le temps !
- Le public est régulièrement sollicité pour porter du matériel, aller chercher de l’eau, rafraîchir les acteurs en agitant un éventail, où… emmener pisser l’un des enfants-dieux sur ses épaules : ils ne doivent pas poser le pied par terre…
- Le public est acteur : il représente tantôt la cour des sujets, tantôt les villageois que Ram rencontre dans son voyage, tantôt la foule des citoyens auxquels Ram adresse des paroles de sagesse. L’Histoire est pleine de sadhu et de saints, le public aussi.
- Suivre le Ramlila demande de renoncer au confort : se masser autour des scènes, s’assoir sur le sol parfois détrempé, cheminer dans la nuit et dans la boue, les bousculades, les éléphants…
- Tout un chacun s’assoit à côté de tout un chacun, sans distinction de castes ou de classes sociales.
- Les commerçants ferment boutiques, les employés prennent des congés… Beaucoup se font un devoir d’assister au Ramlila chaque année, certains le font depuis leur enfance…
- Religieuses :
Procession avec Maharadjah
- Dans l’Histoire, les hauts-faits de Ram sont racontés par Shiva – Mahadev- à sa compagne Parvati. C’est par le cri de Mahaaaaaaadev !!! que le public salue chaque apparition du Maharadjah. Le souverain incarne le grand dieu, déité présidant Bénarès. Aucune représentation ne peut commencer sans sa présence.
- Rien ne se passe non plus sans une puja : la première lors de l’intronisation des enfants-dieu dans leur rôle d’apprentis, la deuxième dix jours avant le début du lila lorsque le chant du Maanas est commencé, puis la veille du lila, puis tout au long et chaque soir. La dernière commence le lendemain de la fin du lila et se termine 9 jours plus tard…
- De nombreux sadhus viennent résider au village, dispensent leurs paroles de sagesse, donnant au village une saveur de sacré.
- Pas d’applaudissement, mais ovations permanentes des dieux :
Jay Ram chandr ki Jay !
ce cri poussé en toutes part de la foule ponctue les dialogues.
- Spirituelles :
- Ram est l’esprit, et ultimement le Soi-suprême. S’effacer pour le bonheur de son prochain, agir en accord avec le devoir, se détacher des fruits de l’action, c’est approcher cette dimension du Soi.
- Sita est l’émotion, la Cause. C’est par son caprice que le lila divin atteint son objectif : la continuation de la vie humaine sur terre.
- Les démons sont l’Ego. Par la lutte contre fierté, orgueil, désirs de puissance, le Soi Suprême se révèle dans l’union du cœur et de l’esprit.
Ce n’est qu’un aperçu… Une atmosphère d’entraide et de partage développe son intensité au fur et à mesure des jours : à la fin, tout le monde parle à tout le monde, on s’offre thé et cacahuètes, on partage parapluie et plastique pour s’asseoir et chanter les noms de Ram. Car telle est la magie du lila, nul ne peut rester insensible à la ferveur insensée, tangible, démesurée d’une foule en délire devant ses dieux vivants…
RUBRIQUE EN COURS D’ALIMENTATION
Dernière mise à jour : mai 2007
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