
Assise devant l’aéroport de Babakpur, à 60 km de Bénarès, j’attends
Bhola.
C’est la première fois qu’il vient m’accueillir : avant il n’avait pas le téléphone, je ne pouvais pas le prévenir. Au bout de cinq minutes, sa silhouette fine apparaît au détour du parking, un sac plastique dans une main, un parapluie dans l’autre, pour se protéger du soleil. Joie de revoir ce petit homme, si fin, si élégant dans ses vêtements traditionnels, si égal à lui-même. Le mouvement de l’aéroport se limite à une dizaine de taxis, avides de charger les quelques arrivants. Nous laissons passer du temps, à l’ombre d’un manguier, échangeons les premières nouvelles du retour. Bhola désigne le sac plastique : « Je vous ai apporté du
prashad ! »
Dans le taxi, la première chose qu’il fait est de me mettre le fil de protection autour du poignet, en récitant des
Mantr,
puis la tika sur le front avec un peu de
Sindour apporté du temple. Il m’offre un collier de fleurs, un bouquet de roses, une petite écharpe de brocard, un médaillon entouré de paillettes, et un gâteau de lait.
Aujourd’hui est un jour particulier en ce qu’il combine trois éléments :

c’est lundi, jour de Shiva

la lune est noire
Amavasya, évènement associé à
Shiva

c’est le dernier jour du mois de "adhik shravan", mois consacré à Shiva.
Bhola me prie de me rendre au temple pour l’aarti du soir. Je serais bien restée me reposer à la maison…
Déonath a été prévenu de mon arrivée par Bhola. Il m’attend avec un collier de fleurs, Mamie me serre dans ses bras. Elle est incapable de faire plus de dix pas tant elle est faible, se tient courbée comme une vieille de 80 ans, elle si droite d’habitude ! La voir ainsi me fend le cœur. Je lui propose de l’emmener à l’hôpital demain. En ce moment le Gange est haut, la traversée se fait en bateau, Mamie se sent incapable d’un tel trajet. Nous devrons faire le grand tour, par le pont de béton, à quelques kilomètres en amont. Le reste de la famille se porte à merveille.
C’est la première fois que je m’absente si longtemps. Je leur avais laissé les clés de ma chambre, afin qu’ils l’entretiennent pendant mon absence, mais peine perdue. Tout est poussiéreux, des toiles d’araignée pendent de ci delà, les murs blancs ont pris une couleur sale… Télou se propose pour aller acheter de la chaux au chowk. Elle trempera toute la nuit et demain nous pourrons blanchir les murs. Lui et son père ont des arbres à couper en ce moment, ils n’auront pas le temps, mais Déonath ira prévenir Basant que du travail l’attend. Basant est mon peintre préféré : petit bonhomme tranquille, pas bavard, appliqué, il n’éclabousse pas tout de peinture.
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