
Arunachal, la montagne sacrée de Tiruvannamalai est assimilée à un Lingam.
Ici Shiva s’est manifesté en une colonne de feu - lingam de lumière- lors de la fameuse dispute entre Brahmâ
et Vishnu pour savoir lequel est le plus grand. Arunachal en est la rémanence, c’est un haut lieu de pèlerinage de l’Inde du sud.
Les pèlerins visitent le temple, mais ne repartent pas avant d’en avoir fait le tour de la montagne, pieds nus, comme se fait tout pèlerinage hindou. Selon le jour où on l’accomplit, les bienfaits sont différents : obtenir des descendants pour des couples stériles ou obtenir la libération si on le fait un dimanche, atteindre l’état de Shiva si c’est un lundi, être libre de la pauvreté un mardi, exceller dans l’étude des védas un mercredi, atteindre l’état des Devas un jeudi, obtenir la grâce de Vishnu un vendredi, la grâce des neufs planètes si c’est un samedi. Cela peut paraître dérisoire à nos esprits éclairés par les Lumières, mais la foi avec laquelle les pèlerins accréditent ces affirmations est impressionnante. Leur philosophie de vie est "le monde est tel que je le pense, je le crée en permanence." Devant une telle cohérence entre actes et pensée, l’on ne peut qu’éprouver du respect.
Après le bain rituel, ils vont se recueillir au temple, s’enduisent le front de cendre résultant du feu offert à Shiva, se rendent à la porte Est et partent vers le Sud pour un circuit d’environ 14 km. Ainsi le temple est laissé sur la droite, côté pur du corps. Huit lingams, beaucoup de temples et d’ashrams se trouvent sur la route. J’aime expérimenter…

Un chemin de traverse me mène devant un temple duquel émane une grande ferveur. J’entre assister au rituel d’une offrande de feu à une sorte de pierre recouverte de poudre jaune, encore jamais vu ce genre de choses auparavant. On m’explique que c’est une divinité serpent, que ce jour est la fête de« naag chaturthi », le « quatrième des serpents », c’est pourquoi tant de gens sont là. Dans mon dos, je sens quelque chose, un refard, je me retourne. Une femme au regard étrange, la main droite toute noire levée dans le geste de bénédiction, prodigue des paroles à des gens venus la consulter. Je vais m’asseoir à côté d’elle, elle me bénit de sa main noircie, m’invite à venir la voir le mardi suivant. Je serai déjà partie.

Lorsque je sors, des gamins m’accostent, en hindi. Ils sont musulmans, disent-ils, et la femme à laquelle j’ai parlé est leur mère. J’ai pensé à mon village près de Bénarès, ou un mausolée musulman recueille la ferveur de nombreux hindous, alors pourquoi pas une musulmane vedette d’un temple Hindou. Elle s’appelle Mariamman, de même que la statue devant laquelle ils me demandent de les prendre en photo. Ils me racontent qu’un jour l’un d’eux était malade, condamné par les mèdecins. Mariamman a prié, la guérison s’en est suivie, et depuis ce temps des dévots affluent autour de leur mère.

Sur le chemin qui rejoint la route se trouve l’ashraam où Ramana Maharishi a fini sa vie en méditation, et juste à côté l’Agni
lingam, le lingam de feu. Le prêtre me refuse la photo, mais il m’enduit le front de cendre et m’offre des nourritures consacrées.
Sur le mur d’un petit temple devant le « Simha pond » une peinture de Shiva
et Parvati avec Kamadenu, la vache représentant la Terre. Son lait arrose le Ling, Lingam.
, tout le symbole de la vie est dans cette image. En arrière-plan, la montagne de Tiruvannamalai. Au sol devant le lingam, une feuille de Bilwa, trifoliée, offrande préférée de Shiva : en lui sont réunis les trois principes de création, conservation, transformation.

Beaucoup de sadhu aussi tout le long de la route, assis dans la cour des ashrams ou devant les temples, ou encore dans les quelques shop de thé. Aucun ne parle autre chose que le tamil… Celui-ci s’est débrouillé pour me faire savoir qu’il voulait mon porte-monnaie que j’avais sorti pour lui donner une pièce : un bel éléphant ornait la pochette… Je le lui ai donné, après l’avoir vidé des quelques monnaies, il était content.
La route est goudronnée tout le long, mes pieds n’aiment pas le goudron… Un conducteur de char avec lequel j’ai sympathisé vient à passer, je le rejoins sur son tas de sable et les derniers kilomètres sont au rythme du zébu…
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Tiruvannamalai
Ling, Lingam.
: J’ai logé à la G.S lodge, près du temple côté est. Correct, le patron est sympa, la vue aussi. 100 rp/nuit.
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Mensuelle : chaque pleine lune, les pèlerins affluent et font le tour de la montagne sacrée.
Annuelle : Kartigai Deepa festival se déroule durant treize jours à partir de la nouvelle lune de décembre. Chaque jour différents dieux sont portés en procession sur des chariots d’argent. La fête se termine en apothéose par un immense feu au sommet de la colline, avec des milliers de pèlerins qui tentent l’ascension, pieds nus. En 2005, la fête a eu lieu entre le 11 et 15 décembre.
Ce qui me frappe à propos de la « montagne inaccessible et sacrée« de Tiruvannamalia , c’est qu’on en fait habituellement le tour. Gravir une montagne, c’est au final contempler l’entour ; faire le tour d’une montagne, c’est être continuellement en sa présence. L’eau qui ruisselle et s’infiltre dans les montagnes abrite les sources qui sont également objets de pèlerinage. A Tiruvannamalia il existe aussi cette fête à la pleine lune. On retrouve l’association des symboles du masculin (la montagne) et de la lune, la composante féminine qui est si souvent occultée dans nos religions occidentales.
Je m’interroge sur la signification de la « main noire » de Mariammam. Son nom a-t-il une relation avec Mariam, la déesse gérant le bon déroulement des naissances, dont on parle dans l’article relié ? En ce cas la main noire de Mariamman pourrait avoir une correspondance avec les anciens cultes polythéistes d’Europe occidentale voués aux déesse mères… voire à la mythologie d’Isis.