Il pleut, les rues sont sales, boueuses, belle pataugeoire. Pour me remonter le moral, je vais faire un tour sur la ghât principale, au bord du Gange. Un prêtre est en train de chanter le Ramcharitmaanas. Je vais m’asseoir à côté de lui, sors mon exemplaire, l’ouvre direct à la bonne page, et accompagne son chant : aussitôt, je deviens centre d’attraction… Un joli
Baba
vient contempler la scène.
Avant de partir, je propose une photo. Il s’y prête avec complaisance, sans demander d’aumône.
En guise de petit-déjeuner, je vais saluer mon grand-père Kishun. Il tient une tchaï shop près de la ghât principale. Son bon sourire me donne tant de plaisir ! Il m’offre un thé, un gâteau, et parle de Dieu, « Celui à qui tout appartient ». Sa santé, tout comme sa vue, a baissé : le voilà affublé d’une paire de lunettes… Il ouvre un livre pieux, lit la première phrase, commente, des amis se joignent à la palabre… Bon, c’est bien, mais j’ai du boulot : me faire faire quelques vêtements, et régler la question connexion internet.
Sur le chemin, je sors mon appareil photo. Au cas où, il est prêt pour la capture. Justement, voilà un sadhu avec une belle dégaine. Je lui propose une photo, il se met en position, et après le clic, me demande 10 roupies. Je lui en offre trois, il n’est pas content. Des passants s’arrêtent, le sermonnent… Je continue mon chemin. Comme beaucoup, cet homme est un usurpateur : un sadhu, un vrai, ne quémande pas. Il marche avec son bol à obole, et se satisfait de ce qui y tombe.
Si le problème des vêtements est vite résolu, celui du serveur internet est plus ardu. Retourner à l’hôtel prendre l’ordinateur, partir errer. Enfin un boutiquier m’amène sur sa vespa dans des bureaux : je suis au bon endroit, mais plus de batterie ! J’en ai pour plus d’une heure à retourner chercher le chargeur… À 18 heures, l’ordinateur est connecté, je suis délestée de 1000 roupies (20 euros) pour 120 heures de connexion d’une validité de douze mois. Fantastique ! Il faudra que j’aille à l’épicerie près de chez mois me brancher au téléphone, mais c’est toujours mieux que de venir à Bénarès. En espérant que ça fonctionne ! Tous les problèmes étant réglés, je m’offre le spectacle de l’Aarti
au Gange qui a lieu tous les soirs sur la ghât principale.
Mes vieux amis sont là, ils se laissent photographier sans rien demander. Je leur promets de leur apporter leur portrait, ce que je fais systématiquement pour les gens que je connais. L’un deux, comme on peut s’en rendre compte en comparant les deux photos, s’est laissé pousser barbe et cheveux.
Avant de devenir Baba, il était manager dans un hôtel à Calcutta. Il en a eu marre des soucis : si on lui demande la différence entre un saddhu et un baba, il répond que le premier a en enseignement à transmettre, tandis que le deuxième, catégorie dans laquelle il se range lui-même, n’a d’autre but que de fuir les tracas de la vie matérielle. Peu ont l’honnêteté de le dire…
C’est l’heure de dîner. Le chandan restaurant est mon repère, je m’y sens en famille. Ram Ji me prépare un plat de spaghetti, le baba du lieu, un vieil ami, vient me tenir compagnie. Sa vénérable frimousse orne nombre de magazines, et se trouve sur plusieurs sites internet. Il ne demande jamais d’aumône, parle un anglais remarquable, ce qui lui vaut probablement sa célébrité.