
Je redécouvre la vie de Bénarès, avec le pouvoir de décrypter, de répondre aux questions que je me posais à mon arrivée, en 1999. Résidant au village, je n’y avais plus vécu depuis la fin 2000.

Je sais maintenant pourquoi les hindous emplissent d’Eau leur paume, la laisse couler dans la Gange : c’est ainsi qu’ils offrent la vie aux ancêtres. Je sais pourquoi ils font tourner une flamme devant un lingam : c’est ainsi qu’ils honorent le pouvoir de régénération du monde. Et je sais, quand les femmes s’empressent de frénésie devant les étalages de bracelets colorés, les boutiques de saris, chez le couturier, que le lendemain, c’est La fête de Teej, et qu’elles vont jeûner, se purifier. Les jours de fête se préparent dans la rue, se vivent dans les maisons, se terminent au bord du Gange… Il me faut parfois un arrêt d’une seconde pour viser et capturer une image. Parfois plus.

Lorsqu’on on vient en Inde pour la première fois, l’on voit tellement de choses se précipiter les unes sur les autres qu’on ne sait pas quoi regarder, comment regarder, que penser de ce que l’on voit. Tout nous interloque, tout nous questionne.Les vaches par exemple : À qui sont ces vaches qui hantent éternellement les galis et tous les lieux de Bénarès ?
Rêvant sur les ghâts, vaquant dans les marchés de légumes, broutant les offrandes de fleurs accrochées au parc-choc d’une voiture…
Jeeps, rickshaw, vélos, motos, piétons, transporteurs en tout genre, contournent le zébu, digne sur ses quatre pattes, immobile dans la cohue, imperturbable dans sa bosse, en plein milieu d’un carrefour…

Dans les galis minuscules, des vaches s’écroulent sur toute leur largeur ; le piéton doit faire attention à ne pas marcher sur la queue. Lorsqu’une vache fait route dans les ruelles, les passants s’écartent, les femmes se garent. Ici la tenancière d’une échoppe voisine fait sa sieste au frais tandis qu’une vache se gratte l’encolure sur le mur...

Un jour j’ai voulu photographier la situation. Au moment ou j’ai déclenché le viseur, une main paniquée est venu accrocher mon bras, la main d’une femme affolée à la vue de l’animal fonçant d’un pas décidé dans les clientes des couturiers.

C’était la veille de LA FETE DE TEEJ, les femmes se faisaient peindre les mains et c’est ce que j’ai photographié : dans la rue, dans une maison dans laquelle me conduit un ami rencontré par hasard. Les femmes achètent bracelets, saris, blouses : demain, on étrenne, et c’est ce que j’ai photographié… Rentrée à la maison, brancher l’appareil à l’ordinateur, découvrir les photos est toujours un moment magique. Après, il y a l’archivage, c’est plus fastidieux, moins drôle. Quoi que : en classant les photos par sujet, des thèmes émergent d’eux-mêmes. Ils orientent l’attention, l’observation, affinent le détail. Le catalogue contenait à mon arrivée un mot-clef regroupant tous les « petits métiers » : vendeurs de rue, balayeur, transporteur… Il s’est transformé en : « femmes au travail », « enfants au travail », « artisans », « fabriquant de Pan et de beedies », « vendeur de légumes », « transport sur la tête en tout genre », « transport en véhicules de tout genre » (ce dernier terme regroupant âne, char à bœuf, calèche, vélo, rickshaw à pédale, à moteur…), « vendeur de collier de fleurs », » vendeurs à pied », « vendeurs de légumes », « vendeur de chatt »… Lors des sorties suivantes, je cherche à alimenter les thèmes découverts, suis plus attentive au détail. Il y a du plaisir lorsque la photo est belle, mais la plupart du temps je prends avant tout un sujet montrant des activités, des personnes. Le mot clef « hommes ensemble » permet de voir les moments que les hommes on en commun, de même pour les femmes, les enfants… Le travail des photos au jour le jour sur le terrain développe une attention plus fine aux détails du tissu de la rue.

Je redécouvre la vie de Bénarès, avec le pouvoir de décrypter, de répondre aux questions que je me posais à mon arrivée, en 1999. Résidant au village, je n’y avais plus vécu depuis la fin 2000.

Je sais maintenant pourquoi les hindous emplissent d’Eau leur paume, la laisse couler dans la Gange : c’est ainsi qu’ils offrent la vie aux ancêtres. Je sais pourquoi ils font tourner une flamme devant un lingam : c’est ainsi qu’ils honorent le pouvoir de régénération du monde. Et je sais, quand les femmes s’empressent de frénésie devant les étalages de bracelets colorés, les boutiques de saris, chez le couturier, que le lendemain, c’est La fête de Teej, et qu’elles vont jeûner, se purifier. Les jours de fête se préparent dans la rue, se vivent dans les maisons, se terminent au bord du Gange… Il me faut parfois un arrêt d’une seconde pour viser et capturer une image. Parfois plus.

Lorsqu’on on vient en Inde pour la première fois, l’on voit tellement de choses se précipiter les unes sur les autres qu’on ne sait pas quoi regarder, comment regarder, que penser de ce que l’on voit. Tout nous interloque, tout nous questionne.Les vaches par exemple : À qui sont ces vaches qui hantent éternellement les galis et tous les lieux de Bénarès ?
Rêvant sur les ghâts, vaquant dans les marchés de légumes, broutant les offrandes de fleurs accrochées au parc-choc d’une voiture…
Jeeps, rickshaw, vélos, motos, piétons, transporteurs en tout genre, contournent le zébu, digne sur ses quatre pattes, immobile dans la cohue, imperturbable dans sa bosse, en plein milieu d’un carrefour…

Dans les galis minuscules, des vaches s’écroulent sur toute leur largeur ; le piéton doit faire attention à ne pas marcher sur la queue. Lorsqu’une vache fait route dans les ruelles, les passants s’écartent, les femmes se garent. Ici la tenancière d’une échoppe voisine fait sa sieste au frais tandis qu’une vache se gratte l’encolure sur le mur...

Un jour j’ai voulu photographier la situation. Au moment ou j’ai déclenché le viseur, une main paniquée est venu accrocher mon bras, la main d’une femme affolée à la vue de l’animal fonçant d’un pas décidé dans les clientes des couturiers.

C’était la veille de LA FETE DE TEEJ, les femmes se faisaient peindre les mains et c’est ce que j’ai photographié : dans la rue, dans une maison dans laquelle me conduit un ami rencontré par hasard. Les femmes achètent bracelets, saris, blouses : demain, on étrenne, et c’est ce que j’ai photographié… Rentrée à la maison, brancher l’appareil à l’ordinateur, découvrir les photos est toujours un moment magique. Après, il y a l’archivage, c’est plus fastidieux, moins drôle. Quoi que : en classant les photos par sujet, des thèmes émergent d’eux-mêmes. Ils orientent l’attention, l’observation, affinent le détail. Le catalogue contenait à mon arrivée un mot-clef regroupant tous les « petits métiers » : vendeurs de rue, balayeur, transporteur… Il s’est transformé en : « femmes au travail », « enfants au travail », « artisans », « fabriquant de Pan et de beedies », « vendeur de légumes », « transport sur la tête en tout genre », « transport en véhicules de tout genre » (ce dernier terme regroupant âne, char à bœuf, calèche, vélo, rickshaw à pédale, à moteur…), « vendeur de collier de fleurs », » vendeurs à pied », « vendeurs de légumes », « vendeur de chatt »… Lors des sorties suivantes, je cherche à alimenter les thèmes découverts, suis plus attentive au détail. Il y a du plaisir lorsque la photo est belle, mais la plupart du temps je prends avant tout un sujet montrant des activités, des personnes. Le mot clef « hommes ensemble » permet de voir les moments que les hommes on en commun, de même pour les femmes, les enfants… Le travail des photos au jour le jour sur le terrain développe une attention plus fine aux détails du tissu de la rue.
Prendre des photos, prendre des notes, c’est vrai que ça rend plus attentif à notre environnement.
Et puis on doit penser au futur lecteur...
En tout cas les vaches citadines ont l’air d’avoir la belle vie !
Mais de quoi se nourrissent-elles ? Il en faut un plus que des fleurs ou des épluchures qui traînent ! Non ?
Les vaches, c’est tout un poeme... Chacune a ses habitudes. Une amie italienne qui vit depuis quelques annees a Benares me parlait hier soir de la vache blanche toujours au coin de notre gali. Chaque apres-midi, elle passe de porte en porte et les femmes lui donnent du riz, du dal, tout ce qui n’a pas ete consomme par la famille. Beaucoup de gens nourrissent les vaches de leur reste. Sinon, la plupart ne sont errantes que le jour, et rentrent au bercail le soir, ou elles recoivent un complement de la nourriture glanee dans la journee. Mon amie etait veterinaire, et elle dit ne pas comprendre le comportement des vaches ici. C’est pour elle un sujet d’etonnement perpetuel... (sorry for the accents...)