Eli au pays des sadhu






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Je rédige rapidement cet article, histoire de vous donner des nouvelles. A vivre des choses intensément étranges, on se se décale, particulièrement lorsque l’on est déconnectée non seulement de la toile du net, mais encore du monde. Tout se bouscule, ça n’arrête pas, c’est intense, l’Inde dans toute sa beauté magique…

Je flânais au temple des immortels ce matin là, un désir au cœur : découvrir les lieux de pouvoir disséminés dans la jungle en compagnie d’un sadhu.






Le petit homme est apparu au loin, dans la blancheur du temple, brandissant son trishul, illuminé de orange. J’ai couru, il avait disparu… Impossible ! Je l’ai cherché, l’ai trouvé agenouillé au pied d’une statue de pierre couverte de fleurs. Il faisait des mudra, concentré en sa prière. J’ai attendu.




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Il faut vous dire qu’ici, comme au temple de Rameshwaram, il y a 22 « tirth », ou gué. A Rameshwaram ce sont des puits, là ce sont des petits temples entourant un bassin d’où sourd à filet d’eau une rivière sacrée, Maa, la Mère.

Il faut vous dire qu’ici, l’eau donne la vie comme une mère la donne à son enfant. Tout est blanc, le sol, les murs. Quelques enluminures rouges soulignent l’éclair aveuglant du blanc. Le baba est sorti du sanctuaire, je lui demande l’autorisation de le photographier.


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Le Baba continue son Darshan (darsan). Il descend dans le bassin central, rend hommage à Maa… L’eau de la vie… La vie de l’Eau… Que de beaux tableau.

















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Mudra




Je le suis jusqu’au pipal entouré de trishul, de Ling, Lingam. , de yantra, et Kali Maa . Encore il s’agenouille, offre le feu sacré, fait des mudra… Chemin faisant, de clic en clic tandis qu’il continue sa visite aux divinités du temple, nous faisons connaissance.






- Est-ce que vous pourriez m’emmener au « Puit de Bhrigu ? » aucun chemin ne mène à ces deux endroits, proches l’un de l’autre, les guides rencontrés à l’hôtel sont des buisnessmen à lunettes… peu en rapport avec le sacré. En plus, ils n’emmènent les pèlerins que dans les quelques endroits accessibles en voiture) Mon saddhu écarquille les yeux :
- Le puits de Bhrigu ! ?? Mais c’est là qu’est ma grotte ! Je vis ici depuis près de 40 ans, je connais tous les chemins.

Je frétille de bonheur. Maa, la grande Mère, me fait un cadeau…

D’autel en autel, nous arrivons à la sortie du temple.

Nous déjeunons en silence nos idli, petits pains de semoule de riz arrosés d’une soupe de légumes épicée appelée sambhar. Le cuisinier sourit : la veille au soir à dîner, je lui ai parlé de mon désir .

Nous voilà partis… Chemin faisant, l’homme se présente

- Mon nom est Durbasha Rishi. Tu comprends ?
- Durbasha signifie « le langage qui éloigne » n’est-ce pas ?
- Oui. Je suis un solitaire, je n’emmène pas n’importe qui avec moi. Tu as de la chance. Nous nous sommes rencontrés près de la source des immortels, c’est Maa qui t’envoie.


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En route, je prends quelques clichés, fascinée par la beauté des forêts, le vert phosphorescent des prairies, et sa marche vigoureuse, trident à l’épaule. J’apprendrais plus tard que ce sont sept kilos qu’il transporte ainsi, où qu’il aille. Et si je vous disais l’âge du rishi, vous ne me croiriez pas… Tout simplement invraisemblable ! Nous escaladons des rochers, traversons crevasses et rivières… Je revis ces moments où gamine je m’échappais le matin pour courir les forêts entourant le lac Laffrey près de Grenoble, lorsque nous prenions nos quartiers d’été avec ma famille. C’est intense, c’est grand, c’est délicieux, c’est au-delà des mots. Pur bonheur…

Le puits de Bhrigu est un simple trou dans un rocher, perdu au milieu d’autres rochers, dans la forêt. L’histoire raconte… Il était une fois un sage au pouvoir immense. Ses pensées étaient si pures et si profondes qu’à l’endroit même de son ascèse, un rocher s’est creusé, le trou s’est empli d’eau. Aujourd’hui encore, on y trouve une eau fraîche et succulente, bien qu’aucun mouvement ne soit discernable : rien n’arrive, rien ne s’écoule… J’en ai bu à pleine goulées. La nature joue de magie parfois…





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Bhrigu est le maître des « Jyotish », connu pour avoir crée les feuilles qui permettent à tous les hommes de la terre, encore aujourd’hui, de connaître leur passé, leur présent, leur avenir. Rishibaba m’emmène parmi les rochers, entrée d’un souterrain. Il y descend lestement, m’invite à le suivre : là est sa grotte. Il n’y vit pas en ces temps de moussons dit-il, il a une hutte près du temple des immortels, mais si je le désire, il me fera du thé. Ca prendra un peu de temps pour faire le feu. Humm… Nous ne connaissons que du matin, je n’ai pas suffisamment confiance pour le suivre. Et puis, nous avons d’autres chemins à parcourir.

Ce premier jour le temps s’est montré clément, nous sommes rentrés tôt, et j’ai suivi Rishi baba jusqu’à sa hutte pour un thé.

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Jour après jour, je l’ai retrouvé au temple le matin. Son darshan accompli, nous déjeunions, et partions vers des lieux extraordinaires, d’enchantement en enchantement… Parfois la pluie nous surprenait lors d’une visite à un rishi, nous attendions qu’elle « s’ouvre » en devisant de sagesse.

Parfois, l’averse nous prenait dans notre marche, violente, aucun abri à la ronde, chemin transformé en torrent, de l’eau jusqu’au genou. Nous nous embourbions dans des éclats de rire irrépressibles lorsque l’un de nous avait sa tongue coincée dans la boue, plus possible d’avancer, et que la pluie redoublait encore de violence. Mortel… Je rentrais le soir trempée, crottée, fatiguée, boueuse, heureuse…







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Ces lieux de pouvoir, je tairais leur nom. Des sages y vivent dans la solitude et le recueillement, rencontres inoubliables. Respect. Je leur consacrerai un article dès que j’aurais le temps. Ce sont des Naga baba, ils ne se mettent nus que lors d’occasions particulières, comme la kumbhmela par exemple. « Nous sommse au Kali yuga » disent-ils, la société est différente.

« Le temple des immortels » est un nom inventé, aucun indice ne vous mènera en ce lieu. Quelques initiés reconnaîtront peut-être… Quand à moi, pour sûr, j’y retourne bientôt. Ce que j’ai appris là-bas ? Lorsque l’esprit n’a pas la paix, il n’a rien. O combien vrai !







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