dimanche 19 septembre 2004 : 
Glissement de terrain

Le tournant désagréable, qui a ramené mes pas à Bénarès, se révèle finalement extrêmement le bienvenu. Il m’emmène de nouveau dans le quartier où j’ai vécu les deux premières années de mes solitudes indiennes. Aller voir ce qui ce passe à droite à gauche avec mes nouveaux yeux, ceux qui ont traversé Les Nuits de Ramnagar, est une aventure complètement nouvelle.

Saison des mariages sur la ghât principale
Mon champ de recherche reprend son espace originel, celui sur lequel il a démarré, un jour sur la ghât principale de Bénarès. Elle est un microcosme de tout ce que compte l’Inde de rites et de coutume. Ici, la vie commence au bord du Gange, par un mariage, création d’une cellule. Elle donnera des conceptions, des naissances, et se continuera par les rites donnés tout au long de la vie aux nouveaux êtres, qui les donneront à leur tour à leurs enfants.

Tous accomplissent un jour la cérémonie aux ancêtres, le don de Pinda. Au bord du Gange, sur la ghât principale de Bénarès, la vie commence et se termine : ainsi chaque festival a un rapport avec le Gange, à un moment ou à un autre. Soit il y débute, soit il y prend place, soit il y prend fin : les murti des dieux sont abandonnées au Fleuve, les corps des saddhus, des enfants, les cendres de ceux qui la veille encore parcouraient les ruelles du bord du Gange.

Savoir ce que les gens sont en train de faire pour l’avoir pratiqué moi-même me les rend familiers, le sentiment d’être étrangère s’est allégé à la mesure des connaissances acquises à Ramnagar. Ayant été acceptée par la petite communauté hindoue du village, je m’intègre plus facilement à celle de Bénarès.

Parfois, un passant prononce le mot magique : Ramnagar. Il m’a vu assise avec les Ramayanis, chanter avec eux, et le raconte aux gens étonnés à l’entour… Petit à petit, Eli se fraye son chemin à Bénarès…

Les rencontres s’enchaînent, le mauvais – le poison avalé par Shiuw Ji comme les bruits empoisonnés de mon espace sonore à Ramnagar – se transforme en force de création. Telle est la Transmutation que l’Homme peut faire de son Destin, lors des glissements de terrain. Hum, me voilà bien présomptueuse…







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