L’argent, où le trouve-t-elle, cette nana qui s’en va nu pied sur les chemins et prend la liberté de ne pas dépendre d’un salaire ? Hein ? Des espèces sonnantes et trébuchantes, il en faut… Oui, mais il faut bien plus que cela. Ceux qui s’en rendent compte, me croiront-ils si je leur dis que Dieu pourvoit à mes besoins ? Dieu ? Mais comment ? Eh bien, ses voies sont mystérieuses…
Ce peut-être ma maman qui, dans un élan du coeur quasi-miraculeux, me fait un don, ou du père de mon fils, qui insiste pour payer mon billet d’avion, malgré ma dénégation. Je n’ai pas besoin de cette aide, je ne demande rien à personne : je me suis organisée pour pouvoir « me débrouiller » avec mes économies, augmentées chaque mois du loyer d’une mansarde parisienne achetée en l’an 2000. Cela me suffit à vivre mes rêves. Ce n’est pas facile tous les jours, mais j’assume mon choix.
Les aides ponctuelles « mettent un peu d’aise » dans ma vie, indienne ou française, et surtout me permettent d’aider à mon tour un tant soit peu, comme je peux, selon mon entendement des situations, qui a parfois bien du mal à savoir quoi faire. Lorsque quelqu’un a faim, est malade, pas de question : le sentiment d’humanité prévaut, je m’empresse. Mais d’autres cas soulèvent réflexions.
Shanti s’est fait renverser par une moto il y a quelques jours : le guidon l’a heurté sous le sein droit. Le motocycliste s’est arrêté, l’a ramassé, elle lui a dit : « ça va, mon fils, tu peux partir, ce n’est rien. » Depuis, elle a une douleur, elle dit devoir prendre des médicaments qui lui coûtent de l’argent, qu’elle est en difficulté.
Pourquoi n’avez-vous pas demandé au motocycliste de vous emmener chez le médecin ?
Je n’ai pas voulu lui causer de problème. Ce n’est pas à moi à l’embêter pour ses bêtises, la vie s’en chargera. Ce qu’il fait de mauvais, ça lui retombera dessus de toute façon. Les évènements sont le fruit des actes passés, ils sont aussi la semence des plaisirs et des peines à venir. C’est la volonté du Tout Puissant.
Oui, mais vous aussi vous avez fait quelque chose de mauvais. Il continuera à ne pas faire attention, quelqu’un d’autre sera blessé. Si vous lui aviez causé des ennuis en lui demandant une visite chez le docteur et des médicaments, il aurait peut-être été moins désinvolte dans sa conduite,et ainsi vous auriez contribué à ce qu’il s’assagisse. Vous l’encouragez à mal agir !
Shanti n’en démord pas : c’est la vie qui se chargera de lui donner les difficultés qu’il mérite. Lorsque je lui fais remarquer que pour l’instant, c’est elle qui est en difficulté, elle rigole…
J’ai eu l’occasion de constater cette mentalité en maintes occasions. Un frère se laisse déposséder des biens paternels par ses cadets ; un père, devenu vieux et impotent, se laisse mettre à la porte par son fils indigne, etc… Aider quelqu’un, dans des situations pareilles, n’est-ce pas l’encourager à se laisser faire ?
Plus j’y réfléchis, plus je témoigne de différentes situations, plus la question de l’aide me semble complexe. Mon expérience Guyanaise m’a montrée comment elle pouvait conduire à la mort d’un peuple…
Pour prolonger la réflexion, voir la page François Régis MAHIEU à propos de L’essai sur le don de Marcel Mauss : Le don pur et parfait
Quelqu’un souffre, on l’aide ! on réfléchit après. Désolais, mais moi pas d’accord.
Tout d’abord, aider. Comment savoir ce qui est bon pour l’autre. Quel est le geste dont il a besoin ?
Parfois on croit aider quelqu’un, car on a agit avec notre bon sens, mais le résultat n’est pas là, voire on a fait faire empirer la situation.
La différence culturelle justifie que l’on réfléchisse avant d’aider.
Mais même au seins d’une culture. Vaut il mieux donner un bon sandwich à un clodo ou son équivalent monétaire ? Je n’ai pas la réponse. Mais avant de simplement donner 2 euros, la question vaut la peine d’être posée.
Peut-être ce même clodo vient de bouffer un bon sandwich, mais a besoin de savon, ou d’un toit pour la nuit, ou de discuter 5 mn avec quelqu’un, etc.
Bref, aider pour aider n’est pas forcément la bonne chose. Aider implique de s’intéresser au destinataire de l’aide et voir ce qu’il lui faut, ce qu’il lui manque, etc.
Je crois que c’est pareil pour Eli en Inde.
Je me souviens encore de ces tonnes de riz que Miterrand avait envoyé en Ouganda me semble t’il. Super cette aide. tout le monde pouvait bouffer du riz pour pas cher. Résultat, l’agriculture du pays s’est totalement effondrée, les producteurs ont vu leurs greniers à riz moisir, etc.
Au final, le bilant était pas forcément positif : Un pays devenu alimentairement dépendant d’autres pays, un marché faussé, etc...
Donc oui, pourquoi pas aider, mais comment, c’est peut être là la question.