
Prochaine Holi : 11 mars 2009
Holi
Journal, Jeudi 8 mars 2001
La fête de Holi se prépare, fête des couleurs, symbole de la victoire du bien sur le mal. Depuis quelques jours, le bazar s’est rempli de marchands ambulants, des tas de poudres rouges, vertes, jaunes, des pistolets à eau, des pétards emplissent le bazar. Dans toutes les maisons, riches ou pauvres, de haute ou de petite caste, les femmes grillent des graines de moutarde. Elles les écrasent sur la pierre à moudre en y mettant un peu d’eau. Chaque personne de la famille est massée avec la belle pâte jaune ainsi obtenue. Je vais vivre ça chez Déonath. Mamie dit que ce massage – parent du gommage — fait sortir toutes les impuretés du corps. Au fur et à mesure qu’elle frotte, la pâte tombe sur le sol en rouleaux presque noirs. La peau devient toute douce… Les rouleaux de pâte sont soigneusement ramassés, et le soir, nous allons les jeter dans un des immenses feux allumés au lever de la lune. « Toutes les impuretés de l’année sont brûlées », dit Mamie. D’énormes bûchers lancent leurs flammes dans tous les coins, et même sous les lignes électriques ! De tout temps, les gens dressaient des bûchers à ces endroits. Les lignes électriques, installées postérieurement, n’ont pas fait changer les habitudes !
Vendredi 9 mars 2001
Je commence ma journée par aller au temple. Bhola est ennuyé : il doit acheter un sari neuf pour sa femme, mais n’a pas d’argent. Je mets un billet dans son plateau. J’ai apporté également le cadeau qu’il m’a demandé : une chemise de soie, un Dhoti de coton, une écharpe. Il prend le linge et l’offre à Hanuman : « c’est Hanuman Ji qui nous réunit » dit-il. C’est par Sa Grâce que vous m’offrez ces vêtements. Moi, je ne suis rien ! » Il regarde la Murti d’Hanuman avec émotion, les larmes aux yeux.
J’achète poudres, pétards, sucreries, et vais chez Déonath. Tout le monde s’arrose et se badigeonne mutuellement de couleurs. Les enfants s’en donnent à cœur joie. Lorsque je rentre à midi, je passe plus d’une heure à me frotter le visage ! L’après-midi, plus aucune trace de couleur ne doit subsister : chacun met des habits neufs, blancs de préférence, et les gens vont se souhaiter « happy holi ».
La femme de Buble You vient m’aider à mettre un sari à la façon des femmes d’ici. Elle me fait quelques confidences : son mari ne s’occupe pas d’elle. Il ne voulait pas se marier, mais maintenant que c’est fait, il doit prendre ses responsabilités dit-elle en pleurs. Je tente de la consoler, la prend dans mes bras. Elle est si mignonne ! Elle s’appelle Guddu. On frappe à la porte, elle essuie ses larmes et s’enfuit.

Chez la Malkin, les visites se succèdent à un rythme étourdissant. À chaque fois, on vient me présenter les visiteurs : la cousine de l’amie de la mère, l’ami du cousin, le fils de l’ami du père, les filles de l’amie de la cousine, et ça défile comme ça sans arrêt. A chaque fois, on se met mutuellement la tika, marque de couleur sur le front, en signe d’affection, précise-t-on. Le doigt utilisé pour ce faire est le pouce, tandis que lorsqu’on met la tika à une divinité, on utilise l’annulaire. Je profite d’une pause pour partir. Double You m’arrête : il veut absolument me photographier.
Chez Déonath, le coupeur de bois, marié à une cueilleuse de mangue, la pièce de devant a été décorée en pièce de réception. Les visiteurs se voient offrir des nourritures spécialement préparées pour l’occasion. Gitendre, un Brahmane, est assis parmi eux : il mange ! Les livres disent qu’un brahmane ne peut accepter de nourriture d’une autre caste que la sienne ! Soit l’Inde a évolué de façon fulgurante, soit les généralités sont infidèles à la réalité…
Pour l’Histoire se rattachant à Holi, voir Hiranyakashyap et la fête de Holi