vendredi 10 septembre 2004 : 
La mort, sur le chemin…
Il est 15h30 environ, dans le chowk de Ramnagar. Un homme descend vers le Fleuve, un paquet blanc, oblong, posé à plat sur ses deux mains à hauteur de la poitrine. Sa marche fixe, immobile, attire mon attention de loin, bien avant que nous nous croisions.
Maa Ganga, la déesse Mère Gange
Ses jambes effectuent un mouvement mécanique,
le reste de son corps est parfaitement immobile.
Au moment de nous croiser, je vois le corps inerte d’un bébé d’une dizaine de mois, entièrement enroulé d’une bande de coton blanc.

Pas de fleurs,
pas de couleurs.

Les contours pris par le tissu neuf, amidonné, immaculé, ne permettent plus le doute. L’homme est vêtu d’un pantalon gris, une chemise bleue.

Il avance,
le regard figé,
absent à ce qui l’entoure,
présent à lui-même,
absorbé dans son dessein,
son enfant reposant sur ses mains.

Profondément bouleversée, je m’arrête, regarde l’homme, de dos maintenant, prends la mesure de la tâche qu’il accomplit : seul ! Un coup d’œil à l’entour me donne une autre mesure, celle de la distance culturelle : nulle émotion ne se lit sur les visages des marchands qui bordent la rue… Ici, la mort – celle des autres - c’est la vie !

Je savais que les corps des enfants ne nécessitent pas de crémation : « ils sont simplement confiés à Maa Ganga », m’avait-on dit. Sulocendre vers lequel je me hâte pour être à l’heure au rendez-vous, complète mon information. L’homme aura certainement attaché quelques jarres de terre remplies de sable et d’une barque, entre les deux rives, il aura noyé son espoir dans les eaux sacrées…





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