Il est 15h30 environ, dans le chowk de Ramnagar. Un homme descend vers le Fleuve, un paquet blanc, oblong, posé à plat sur ses deux mains à hauteur de la poitrine. Sa marche fixe, immobile, attire mon attention de loin, bien avant que nous nous croisions.

Ses jambes effectuent un mouvement mécanique,
le reste de son corps est parfaitement immobile.
Au moment de nous croiser, je vois le corps inerte d’un bébé d’une dizaine de mois, entièrement enroulé d’une bande de coton blanc.
Pas de fleurs,
pas de couleurs.
Les contours pris par le tissu neuf, amidonné, immaculé, ne permettent plus le doute. L’homme est vêtu d’un pantalon gris, une chemise bleue.
Il avance,
le regard figé,
absent à ce qui l’entoure,
présent à lui-même,
absorbé dans son dessein,
son enfant reposant sur ses mains.
Profondément bouleversée, je m’arrête, regarde l’homme, de dos maintenant, prends la mesure de la tâche qu’il accomplit : seul ! Un coup d’œil à l’entour me donne une autre mesure, celle de la distance culturelle : nulle émotion ne se lit sur les visages des marchands qui bordent la rue… Ici, la mort – celle des autres - c’est la vie !
Je savais que les corps des enfants ne nécessitent pas de crémation : « ils sont simplement confiés à Maa Ganga », m’avait-on dit. Sulocendre vers lequel je me hâte pour être à l’heure au rendez-vous, complète mon information. L’homme aura certainement attaché quelques jarres de terre remplies de sable et d’une barque, entre les deux rives, il aura noyé son espoir dans les eaux sacrées…
Il est 15h30 environ, dans le chowk de Ramnagar. Un homme descend vers le Fleuve, un paquet blanc, oblong, posé à plat sur ses deux mains à hauteur de la poitrine. Sa marche fixe, immobile, attire mon attention de loin, bien avant que nous nous croisions.

Ses jambes effectuent un mouvement mécanique,
le reste de son corps est parfaitement immobile.
Au moment de nous croiser, je vois le corps inerte d’un bébé d’une dizaine de mois, entièrement enroulé d’une bande de coton blanc.
Pas de fleurs,
pas de couleurs.
Les contours pris par le tissu neuf, amidonné, immaculé, ne permettent plus le doute. L’homme est vêtu d’un pantalon gris, une chemise bleue.
Il avance,
le regard figé,
absent à ce qui l’entoure,
présent à lui-même,
absorbé dans son dessein,
son enfant reposant sur ses mains.
Profondément bouleversée, je m’arrête, regarde l’homme, de dos maintenant, prends la mesure de la tâche qu’il accomplit : seul ! Un coup d’œil à l’entour me donne une autre mesure, celle de la distance culturelle : nulle émotion ne se lit sur les visages des marchands qui bordent la rue… Ici, la mort – celle des autres - c’est la vie !
Je savais que les corps des enfants ne nécessitent pas de crémation : « ils sont simplement confiés à Maa Ganga », m’avait-on dit. Sulocendre vers lequel je me hâte pour être à l’heure au rendez-vous, complète mon information. L’homme aura certainement attaché quelques jarres de terre remplies de sable et d’une barque, entre les deux rives, il aura noyé son espoir dans les eaux sacrées…
Oui, la mort est omniprésente en Inde, surtout parce qu’elle se voit. Les corps sont exposés à la vue de tous.
« Ici, la mort – celle des autres – c’est la vie »
Se souvient-on de ces images des urgences Française à l’été 2003, où tant de personnes âgées sont mortes, seules, abandonnées dans un coin de couloir...
Ces images sont encore bien plus atroces…par ce qu’elles annoncent notre avenir…
Le bébé mort a quand même une personne qui l’accompagne jusqu’à « Maa Ganga ».
Personellement, je n’ai pas du tout eu un sentiment d’atrocité devant cet homme qui portait son enfant mort. J’étais plutôt impressionnée par la force que dégageait son regard, sur laquelle je ne sais mettre de mot. Le fait qu’il était seul est pour moi un signe de son courage… Les images dont tu parles sont atroces, c’est plus que certain, car elles montrent l’abandon passif, l’abandon par négligence, manque d’amour… Au contraire, la marche de l’homme seul portant son bébé pour le confier aux eaux du Fleuve évoquait un amour profond. D’une culture à l’autre, les mots…
Dans la lignée judéochrétienne, nous retournons à la poussière… de la terre.
La mère Gange recupère ce qui a été créé.
C’est le gange qui est créateur de la vie. Apport d’eau, apport du limon Hymalayen, apport du credo du lac sacré hindou.
Tout se tient.
C’est la verification de cette roue de la vie.
Au XVIII em siecle c’est Lavoisier qui met ce principe en équation
L’inde a decouvert cela il ya plus de 6000ans
Ils sont forts ces indiens.
Ton exeple montre bien que au dela des difficultés et des souffrances la roue continue de tourner
Vive la vie.
Merci Eli
Moi, ce que m’évoque le récit d’éli, c’est le sens des choses. Quelles quelles soient, elles ont un sent et s’inscrivent dans une continuité.
Ici, dans notre société occidentale, peu de choses on un sens.
Même les enterrement sont réglés par des mécanisme routiniers. Les participants agissent par habitude, en appliquant des rites, sans compréhension profonde de la raison d’être de ces rituels.
En inde, le plus pauvre des pauvres connait. Il sait. Et il fait en sachant.
Nous faisons pour nous souvenir sans nous rappeler.
Il y a bien longtemps, en Europe, on connaissait le sens de ces choses, de ce que certains nomment avec mépris le "paganisme", et qui fut rayé et ravalé au rang de superstition par les monothéistes. Ceux qui savent que la mort n’est qu’un passage ne la craignent pas. Il n’y a plus que la douleur de l’absence, l’obligation de continuer alors qu’un être cher est parti.
A nous de savoir nous libérer des véritables superstitions que sont le matérialisme, le dogmatisme monolâtrique, et rallumer la flamme là où la Tradition est toujours vivante. Ce qui me surprend toujours dans tous ces commentaires, c’est la distance entre les spectateurs et ce qu’ils voient. Je n’ai jamais été en Inde mais je me sens en communion avec toutes ces traditions tout simplement parce qu’elles sont celles de mes "très" lointains ancêtres lorsqu’ils ont effectué les grandes migrations vers le Sud, vers l’Inde et la Perse. Le réveil de la longue mémoire indo-européenne est nécessaire, absolue, et l’on comprendra qu’il n’y a plus de séparation d’avec nos frères de l’Inde.
Edwige