Seize jours sans écrire pour le site ! Il y a trop à dire, alors chaque fois que je décide de faire un article, je ne sais pas par où commencer, de quoi parler… La formule journal ne permet pas d’approfondir des propos, les mots sont des pièges, et l’Inde est plus fascinante que jamais.
Il y a eu la fête de Durga, avec des installations monumentales dans toute la ville. Je suis allée faire le tour de tous ces temples occasionnels avec Ram Ji du Chandan restaurant, sa femme, et leur petit. Les neufs nuits de Durga (Maa)
se sont terminées par le défilé des déités descendant vers le Gange, en chariot, en tracteur, en rickshaw, en camion, accompagné de danses endiablées sur des musiques tonitruantes. Du soir au matin, et du matin au soir, la ville n’était plus que danses, foules, cris à la gloire de la Déesse.
Et puis il y avait le Ramlila à Ramnagar où je suis allée chaque jour, et l’accouchement de Sindou que j’ai loupé… Une fille, une minuscule petite au destin incertain.
Entre tout ça, des discussions animées au Chandan où un petit groupe de francophones s’est formé depuis une quinzaine de jours. "La religion, c’est pour les pauvres, la religion enferme, la religion maintient dans l’ignorance, la religion est un moyen d’asservir le peuple", ils sont tous bien d’accord là-dessus, ils en sont convaincus. Comme beaucoup de mes lecteurs peut-être ? C’est vrai, la religion est prétexte de beaucoup de guerre et d’atrocités. Néanmoins…
Le Gange coule, le Gange absorbe toutes les saletés que les humains y déposent, le Gange s’anime des dauphins bondissant, des buffles se rafraichissant, des hommes se purifiant, pauvres et riches côte à côte. Ô Gange ! Qui percera ton mystère ?
Eli tu nous dis :
‘La religion, c’est pour les pauvres, la religion enferme, la religion maintient dans l’ignorance, la religion est un moyen d’asservir le peuple, ils sont tous bien d’accord là-dessus, ils en sont convaincus. Comme beaucoup de mes lecteurs peut-être ?’
Mais comment croire ?
Comment croire lorsque l’on voit des représentants religieux s’afficher sur les plateaux de télé entre une chanteuse et l’auteur d’un best seller ?
Comment croire lorsque les représentants des associations humanitaires vont aux devants de la souffrance des hommes alors que les religieux s’adonnent à leurs offrandes ?
Comment croire lorsqu’on voit les responsables religieux s’accrocher à leurs pouvoirs comme les patriarche des dynasties industrielles !
Comment croire lorsque l’argent attire tellement les instances religieuses ?
Comment croire lorsqu’au nom de la religion les femmes sont voilées, immolées, lapidées ?
Comment croire lorsqu’on voit des brahmanes bedonnants face à des enfants faméliques ?
Comment croire lorsqu’on voit les sadhous plus préoccupés du soin de leur corps que de la vérité ?
Comment croire lorsque les castes divisent les hommes ?
COMMENT CROIRE ?
Pourtant que c’est beau, lorsqu’au lever du soleil, au bord d’un fleuve majestueux, la grâce nous saisit et qu’à l’appel lointain d’un oiseau tout notre être n’a que ce cri : « Prends-moi ! Je t’en prie ! »