samedi 9 octobre 2004 : 
La toile de la vie des hommes

Le bruit d’une pompe à eau nettoyant la ghât des boues laissées par le Gange pénètre mes oreilles.

Offrande à Lalita DeviHier matin, c’était le chant des femmes en compagnie desquelles je remontais le Fleuve. Leur histoire est quand même étonnante : elles sont venues d’Andra Pradesh en compagnie de Lalita Devi, leur déesse, chercher de l’Eau du Gange à Bénarès. Elles l’ont emmenée à Rameshwaram, à la pointe Sud de l’Inde, et l’on versée dans l’Océan au cours d’une cérémonie. Puis elles ont pris du sable de Rameshwaram, et sont venues le mélanger à la Terre des bords du Gange, à Kashi, la ville de lumière. Cela s’est fait en plusieurs étapes au cours d’une ou deux années.


Lalita Devi a suivi toutes les pérégrinations des femmes, du Nord au Sud




J’ai assisté à une de leur cérémonie au bord du fleuve.
C’était vraiment joli.
Moi, cela me fait rêver, des gens qui pensent que leur bonheur dépend du culte qu’ils offrent aux forces de l’Union ; les odeurs de pisse ou de cadavres sont un moindre mal… Le reste des êtres sur la planète s’occupe en tout sens, dans une espèce d’agitation d’abeilles ; ici, les gens agissent avec un certain ensemble. Les bains du matin dans le fleuve sont l’occasion de rencontres, d’échanges de nouvelles…










Vie collective. Ici, devant un temple. Il y a comme un courant de vie collective qui traverse la ville. Où que l’on aille, les uns et les autres se lèvent à l’aube, accomplissent leur purification quotidienne, vont ensemble aux temples, mangent la même chose – à une variante près. Hier soir, un homme était sur la ghât et chantait de toute sa voix. Je l’écoutais du balcon, les yeux ouverts sur les petites lumières descendant le Fleuve. Bénarès est comme un lotus, si beau, si pur, émergeant de la boue, de la mort, des ordures, des percements des klaxons prolongés d’une hero honda remontant le gali plein pot, du tintement des cloches des temples, des vibrations suraigües hurlées d’une boutique de cassette, des discussions animées des hommes, du chant des femmes descendant au fleuve, des notes joyeuses des perroquets, circlant l’air de leur vert éclatant.

Bénarès, pour moi, se concentre sur les bords du Gange. J’irai même plus loin, l’hindouisme est tout entier contenu dans les eaux du Fleuve, et il mêle les trois grands dieux de la Trimurti. Voilà peut-être le fil à dérouler. Le concept de Sangam tisse « la Toile de la vie des hommes ». Il est ce en vertu de quoi le Fleuve est pourvu de qualités extraordinaires, comme d’accorder la santé, de purifier l’intérieur. La Sangam, c’est ce que l’homme peut réaliser, avec sa femme, sa famille, et à l’intérieur de son corps unir la Kundalini shakti au Brahmand, le siège de Brahm (Brahma, ou Brahman), situé au sommet du crâne.

« La Toile de la vie des hommes », c’est aussi le « Net » par lequel nous communiquons allègrement. Pour moi, c’est quelque chose qui garde toute sa magie. J’aimerai avoir des commentaires du Canada, ou d’autres pays francophones. C’est la dimension inter-nationale du net qui me fascine. En Inde, mon extraordinaire quotidien, c’est la dimension inter-nationale d’une culture homogène dans son fond, touchant plus d’un milliard d’habitants sur la Terre. Et c’est comme une grande Toile qui tend ses fils…







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