Si seuls les Brahmanes savent déchiffrer le panchang, tous les hindous que je connais modèlent leur quotidien sur ses injonctions. Plus proche d’un almanach que d’un calendrier, il date de l’époque védique. Encore aujourd’hui aucune fête religieuse, aucun événement familial ou civique important n’est entrepris sans sa consultation : construction d’une maison, initiation d’un garçon, mariage, achats de matériel, départ en voyage, études, ou rituel important. Littéralement, « panchang » signifie « cinq membres ». Il est ainsi nommé parce qu’il détaille les cinq divisions du temps, indiquant les moments où la combinaison de ces cinq unités est favorable. Dans le déroulement de la vie quotidienne, deux de ces membres sont largement présents et déterminants : les jours lunaires et les jours solaires. Le temps dans lequel les hindous s’inscrivent n’a pas la même présence en soi que le temps des êtres humains modernes. Il faut intégrer ce calendrier pour comprendre les rythmes de la vie quotidienne.
À Bénarès, les activités sont particulièrement marquées par le panchang, avec ses mois de « transes religieuses », comme le mois de Shravan par exemple, dédié à SHIVA. Les quatre lundis de ce mois sont des jours de jeûne, particulièrement auspicieux à la performance d’austérités et de rites religieux dédiés au grand Dieu. Ces jours-là, des bateaux remontent le Gange chargés d’hommes chantant et tambourinant : ce sont des commerçants de Bénarès, m’a dit Soba. Ils boivent du Bhang, boisson à base de Ganja, font leurs ablutions à un endroit particulier dont je n’ai pas retenu le nom, puis vont honorer Shiuw Ji au temple de Kedar Ghât. Presque chaque jour de Shravan est marqué par un déplacement particulier à un certain temple, dans un certain quartier de la ville, à un certain moment : les milliers de Lingam que compte la ville sainte sont tous honorés, même ceux négligés le reste de l’année.
Le cinquième jour de lune montante de ce même mois, « Nag panchami », La fête des serpents, chaque famille colle une image représentant un naga (serpent) sur sa porte, et dépose un peu de lait dans différents endroits. Des cobras royaux surgissent en gonflant leur capuchon dans toutes les ruelles du bazar, sous la chiquenaude d’un charmeur enturbanné sorti de sa forêt.