Vers le milieu de XVIIIème siècle, alors que l’héritage Mughal était en déroute, les souverains en recherche d’un symbole royal hindou, se tournèrent vers la tradition ramaïtes. L’Histoire des haut faits de Ram contient une dimension guerrière, impériale, et sociopolitique, exprimée clairement dans la vision du « Ramraj », le règne de Ram, âge d’or d’une règle universelle. Le Ramcharitmanas avait déjà gagné une vaste audience, aussi c’est vers lui que se tournèrent les Rajas.
Le patronage du Maanas par les Maharadjah a vraiment connu son essor sous le long règne de Udit Narayan Singh (1796-1835), successeur de Chait Singh (1770-1781). Profondément attiré par cette œuvre, il a fait copier des manuscrits à la cour, encouragé commentaires et réflexions, réunissant des sages, des érudits, des poètes… Ainsi s’est formée « la satsang des Ramayanis », spécialistes du Ramayana.

Selon la « légende », Udit Narayan Singh avait coutume de se rendre au Ramlila de Chota Mirzapur, dans les environs de Ramnagar. Un jour que le Prince régent était très malade, il partit la mort dans l’âme… Il fit part de son infortune à l’enfant incarnant Ram ; celui-ci prit la guirlande de son cou et la donna au Maharadjah, en lui disant de la placer sur la poitrine de son fils lorsqu’il rentrerait. L’effet fût miraculeux…
On raconte aussi que chaque année, le jour de Vijay Dashami, après la puja aux armes, il partait à dos d’éléphants circumbuler son royaume, et se rendait ensuite au lila de Mirzapur. Un jour, il arriva en retard, la Bharat milap avait déjà eu lieu, il en fût très chagriné. Cela renforça sa décision de mettre en place son propre Ramlila, une gigantesque entreprise… La satsang des Ramayanis commença à élaborer des dialogues à partir des actions du Maanas, quelques lieux furent mis en place…
Les premiers Ramlila de Ramnagar ne duraient que quelques jours, comme ceux des environs, mais petit à petit, des structures permanentes se sont mises en place, des lieux existants -temples, jardins- furent incorporés, choisis soigneusement pour leur orientation et leur aptitude à représenter les lieux géographiques du Maanas. On les nomma d’après ceux-ci : Lanka, Rameshwaram, Janakpur, Ayodhya… C’est encore ainsi qu’ils s’appellent, même en dehors du temps du lila.

Au fur et à mesure, la totalité du petit royaume du Maharadjah en est venue à représenter l’Inde en son entier, et la durée du lila a remplit un mois entier, d’une pleine à l’autre. Sous le règne d’Ishvari Prashad Narayan Singh (1835-1889), les dialogues furent finalisés, écrits à la main sur des parchemins, et ils se répètent d’année en année jusqu’à ce jour. Ce sont ces mêmes feuilles qu’utilisent encore les Ramayani accompagnant le Ramlila. (cf. photo)
Extrait de mes notes, un après-midi en compagnie de Ragunath Das, l’instructeur des "enfants-dieux", un homme allant allègrement vers ses 80 ans :
…Il me montre les quatre cahiers d’écoliers écornés et usés contenant les dialogues de chacun des svarups. Il les a écris de sa main. Puis il sort de la malle le « potti » écrit par son ancêtr et dont il se sert encore. Le « potti » est le livre qui l’accompagne tout le long du lila. Des feuilles volantes, couvertes d’une belle écriture à l’encre noire, contenues dans une chemise de carton blanc, épais, recouvert de plastique transparent. Chaque jour seules les pages nécessaires y sont plaçées. Je commence à lire : ce sont les feuilles du dernier jour du lila. Les chopai alternent avec les dialogues et les indications de mouvement et d’action. Deux ou trois passages sont recouverts d’un papier blanc collé : le dialogue a été raccourci.
Le ramlila connaît des transformations au cours du temps, minimes… pour l’instant.