Le mariage d’Ivan et Kavida
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Le don de la jeune fille, ou "kanya dan"


C’est à Madras, dans le hall de l’hôtel, que j’ai croisé Yvan. Ex-cuisinier de navire au long cours, devenu chevrier dans la region du Lyonnais, il est venu récupérer sa mère et sa soeur : il se marie dans quelques jours avec la jolie Dhana Lakshmi, Kabida de son nom famillier. Yvan a rencontré la mère de Kabida dans un concert à Madras il y a trois ans, et a decidé de se marier avec sa fille il y a quelques mois. La cérémonie aura lieu le vendredi 4 novembre à Tiruvannamalai. Je fais route avec eux.




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Le père de Kavida
Le fer contient du charbon incandescent, c’est un outil très lourd. Dans le seau, de l’eau pour humidifier les vêtements à repasser.

Les parents de Kavida sont Dhobi, le père a effectué plusieurs métiers avant cela, ses frères sont dans le commerce ou la métallurgie… Il est loin le temps où une famille était vouée à un métier-caste. Il y a quelques années Uma, la mère, a eu la chance de rencontrer Corinne, une française, qui l’a aidé à se construire une maison, l’a invitée à passer trois mois en France. Yvan a rencontre Corinne et Uma lors d’un concert à Madras il y a trois ans, s’est attaché à la famille, a décidé de se marier il y a quelques mois seulement, et projette d’emmener sa femme vivre en France. Il a toujours été fasciné par les femmes indiennes… Alors pourquoi pas Kavida ? C’est vrai qu’elle est jolie. Les mariages mixtes sont extrêmement rares chez les Hindous, et ceux où une Indienne marie un étranger n’en représente que 20% environ. Yvan n’a pas demandé de dot, prend en charge la majeure partie des frais du mariage, on peut dire que Kavida et sa famille ont de la chance.




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Yvan et Kavida
Juste apres le rituel de badigeon au turmeric, devant la maison.

Le mercredi 2 novembre, à 5h du matin, nous avons installé le « kalianam mandapam », l’espace sacré où se déroule la cérémonie. Dans une salle louée pour l’occasion, un bambou est enduit de pâte de turméric (curcuma) par les parents des mariés, et dressés vers le ciel. À Bénarès les mandapam sont ouverts, neuf bambous symbolisant les neufs planètes sont dressés vers un ciel ouvert après un rituel complexe, ici un seul bambou touchait un plafond de béton.

Nous sommes ensuite allés chez Kavida où les deux promis ont été eux aussi enduits de pâte de turméric et aspergés de bénédictions. Normalement le garçon vit cela dans sa famille, Yvan a eu droit au sien chez Kavida : sa mère, sa sœur, moi et d’autres femmes avons accompli pour lui les gestes de bénédiction.






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La bénediction de l’oncle



Le jeudi soir, Kavida assise avec ses amies devant le temple à côté du mandapam, a attendu qu’une procession de femmes portant des plateaux d’offrandes vienne la chercher, avec une jolie procession de musiciens. Très beau moment. Dans le mandapam, un prêtre a attaché un fil sacré au poignet des deux jeunes gens : ils s’engagent ainsi devant les dieux à se prendre définitivement pour époux.








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Le Sindour
Le sindour est appliqué ici au su et vu de tous, et sur le front ; à Bénarès, c’est sur la raie des cheveux, la femme cachée par un voile. Au Nord comme au Sud, c’est le geste ultime qui fait d’une jeune fille une épouse.







Au petit matin, les rituels des sept pas autour du feu et du sindour appliqué sur le front et la raie de cheveux se sont déroulés. C’etait tres beau, Yvan, qui est athée, a fait merveille a répéter les paroles du prêtres, joindre les mains, prier... Drole d’athée.











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L’attache du Tali
La maman et la soeur d’Yvan émues, tandis que Kavida pleure…









Quand il a passé le « tali » autour du cou de sa future, elle a éclaté en sanglots. La coutume du tali est particulière au Tamil Nadu : c’est un bijou en or qu’une femme ne quitte jamais, tant que son mari est vivant. Celui de Kavida, identique à celui de sa mère, représente un perroquet. Au Nord, le perroquet est présent dans les dessins muraux des maisons où se déroulent un mariage, il symbolise Kamadev, le dieu de l’amour. Je n’ai pas pu savoir au juste la symbolique du perroquet ici : je ne parle pas le tamil, et il n’y a pas toujours quelqu’un qui connaît l’hindi ou a un anglais suffisant pour expliquer de façon satisfaisante.









C’est émouvant de partager des moments si intenses avec une famille que je ne connaissais pas il y a seulement quelques jours. Kabida, la femme d’Ivan, est une jeune fille si fraiche, un peu sauvageonne, douce... Je me suis regalée a faire quelques portraits. Le mariage s’est deroulé de facon assez differente de ce que je connais au Nord. Il faudra approfondir... A midi, nous avons apporté la nourriture qui restait au temple, nous avons nourri les saddhu, mendiants qui peuplent le hall d’entrée. Grand moment d’emotion...

Yvan doit rentrer en France avec sa famille, Kavida viendra dès que l’ambassade de France aura officialisé le mariage : cela peut prendre quelques mois… Une histoire à suivre au milieu des chèvres dans une campagne dauphinoise.







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