Ici se déroule annuellement et durant un mois un grand rassemblement, nommé Maghmela d’après le nom du mois lunaire auquel il occure, en janvier-février. A propos de la sainteté de ce lieu, voir PRAYAG, et aussi Prayag, assemblée de Saints.
Selon une conjonction planétaire particulière, chaque douze ans la mela réunit plusieurs milliers de personne, c’est la kumbhmela, le plus grand rassemblement religieux du monde, en général largement traité par les media. Ce qui est décrit dans cet article s’applique au quotidien de la mela. Que l’on parle de "Maghmela", "Ardh kumbhmela" "Kumbhmela" ou "Maha kumbhmela", c’est toujours du même rassemblement qu’il s’agit, au même moment de l’année, et motivé par les mêmes sentiments. Trois grandes dates marquent la période, date auxquelles il est auspicieux de se baigner :
Makar Sankranti
Mauni Amavasya, la nouvelle lune des sages (date selon lune noire de janvier)
Magh purnima, la pleine lune suivante.

Comme chaque année, mon ami
Gopal das
part à Prayag. Il va « servir son Akhara ». Le pèlerinage commence le 14 Janvier seulement, mais Baba Ji s’y rend plus tôt : en charge de la "kutiya", la grande tente collective des sadhu, il va aider à la mise en place du camp qui hebergera de nombreux pèlerins.

Durant tout un mois, des pèlerins abandonnent leur confort pour vivre dans ces camps spirituels, et accomplir des austérités. Babaji m’incite vivement à le rejoindre, me donne les indications pour le trouver. Prayag n’est qu’à trois heures de route de Bénarès. L’autobus me laisse au bout de l’interminable pont enjambant les rivières.

En dessous, des toiles de tente beiges, qui se fondent à l’horizon, à perte de vue. Il fait chaud, les micros hurlent et vocifèrent… Je croise de nombreux pèlerins en quête de leur akhara, beaucoup de sadhu. La maghmela de Prayag est un lieu où ils retrouvent leurs compères. D’année en année des amitiiés se tissent… les satsang se développent.

Les rues sont formées de palissades de bambou joliment tressés entourant des "domaines", des rigoles d’évacuation des eaux courent tout le long, des fontaines… Les chemins sont de sable, l’air est de poussière, les sons assourdissent… La vie quotidienne se mélange à la dévotion.

Des boutiques de fortune bordent les allées : légumes, épices, sweet, livres religieux, nougats, jus de canne à sucre, thé, poudres et colliers, couvertures, bidons, sceaux, paille… Une ville de toile, une ville de bric et de broc, une ville éphémère… Impressionnant !
Cette forêt de tente est le refuge des "kalpavasi". Des gens qui n’ont rien en commun en terme de d’âge, de classe, d’occupation, rien si ce n’est une foi inébranlable en la philosophie sous-tendant la Kumbhmela. Avec un minimum d’affaires ils viennent pour un mois s’installer dans des tentes, passer leur temps en prières et dévotion. Tous sans exception portent un pot : que ce soit pour se laver, boire, se purifier… Sans pot, impossible de vivre ici.
J’arrive enfin devant une pancarte, lettre rouge sur fond bleu :
As-tu obtenu quelque chose de ta visite ?
Une question étrange, posée au coin du feu… qui interroge sur le sens de ce que l’on a vécu, là-bas, précisément…
Les cris, la foule , la poussière…
« Le cadre », celui de l’appareil photo et du micro mais aussi « le cadre » de sa perception et de sa pensée
Les bains, les rituels, le jour, la nuit, le froid
Les symboles… des trois rivières
L’analogie, au corps, à la cosmogonie
Que pouvait-elle donc obtenir « l’étrangère »
Alors que le feu crépite
Et que dans sa mémoire défilent des corps nus ou voilés
Des sourires et des regards ?
Le darshan mila !
L’homme ne trouvant jamais que ce qu’il cherche, la qualité du darshan dépend de la pureté et de la sincérité de la quête (Eli)