mercredi 8 septembre 2004 : 
Magie des bords du Gange

Babu Maraj
Aujourd’hui nous ne quitterons pas le fleuve, voyagerons dans le microcosme de sa magie.
À Bénarès, le Gange coule vers le Nord… En 99. J’allais souvent assister à l’aarti au Gange de Babu Maraj, sur la ghât principale. À l’époque, cette Aarti n’avait lieu que sur cette Ghât. Elle était servie par Babu Maraj, qui du plus profond de son épaisse barbe noire, faisait tournoyer l’énorme candélabre offert à l’univers. Il agitait le Chanvar, éclatait la noix de coco contre une marche de la ghât, en offrait l’eau à Mère Gange… La scène était émouvante et s’enchaînaient sur différents gestes pendant une trentaine de minutes. Après avoir fait résonner la conque, Babu Maraj était rejoint par les dévots qui tapaient des mains en répétant : Haré haré Mahadeev Sambhu, Kashi Vishwanath Gangé ! Chacun de ces mots est en rapport à Shiva, Maître de la ville de Kashi. Babu Maraj partageait ensuite le Prashad (prasad) entre tous ceux qui tendaient la main… J’avais questionné le prêtre sur la signification de cette cérémonie impressionnante lors d’un repas auquel il m’avait convié, sans obtenir de renseignements. Je suis allée à Dashashwamed quelques fois en 2002, et Babu avait engagé un jeune prêtre. Lui-même n’officiait plus que le jeudi, mais assistait le jeune homme chaque jour. Une aarti « concurrente » avait commencé sur la Ghât juste à côté, sorte de chorégraphie mettant 5 prêtres en scène. Depuis un mois, trois prêtres servent une aarti à Assi ghât. Les trois aarti se déroulent chaque jour, au même moment, après le coucher du soleil, et les prêtres des différentes ghâts se coordonnent pour accomplir les mêmes offrandes au même moment.


Y en mains


Je suis allée ce soir, à la Ghât principale, alors que la cérémonie se préparait. Trois jeunes hommes, assis sur des Tchoki (Cauki), remplissaient trois candélabre avec des mèches de coton trempées dans du Ghee. Vêtus à l’européenne, ils se présentent comme les prêtres accomplissant l’Aarti pour Babu Maraj. Le riche propriétaire de la Ghât venant à passer, nous nous saluons, et j’obtiens la permission, en abandonnant mes tongues sur les escaliers, d’aller photographier à ma guise les autels en préparation.





Déesse Gange.





La divinité a été installée sous sa forme féminine, une tika appliquée sur son front ; colliers de fleurs, gâteaux de lait, fruits, eau parsemée de pétales, milles choses seront offertes au Fleuve au coucher du soleil, avant d’être partagées entre les dévots. Le Serpent, à droite, associé à Shiva, contient du camphre qui sera enflammé.






Palette de l'offrande



De gauche » à droite : feuilles de bétel, grains de riz crus, Sindour, rauri, encens, poudre dont j’ignore le nom, poudre de Turméric, jaune. Dans le dernier récipient, des graines de cardamome, de clous de girofle, et des noix d’arec, utilisés pour le Le pan, ou tambool À côté de la boîte d’allumettes, le Yajnopavitra, ou "fil sacré" À droite des bâtons d’encens, un pâte –le dhoop- qui produit des fumées fortement odorantes.





Candélabres en offrande de ghee



Le rituel dure une heure. Le décrire serait trop long ici. Quand le Feu rend hommage au Fleuve, les candélabres, puis les serpents sont promenées en cercles lents dans les quatre directions, dans un ensemble parfait.








Le feu des cobra



À la fin de la cérémonie, les fidèles s’assemblent au bord des eaux, joignent les mains en une ultime prière, entonnent un chant, partagent les nourritures offertes … Le Feu associé à l’eau symbolise la Paix. En cinq ans, l’Aarti au Gange s’est modifiée : Tradition et immobilité ne sont pas synonymes.







Kumari fait la "vaisselle" de l'aarti








Chaque jour, Kumari, assise au bord du Fleuve, frotte les instruments utilisés pour l’aarti de Assi Ghât.

Kumari a fini de faire briller les serpents, les trois candélabres sont encore noirs de l’aarti de la veille.









Terres et cendres : les produits de vaisselle les plus utilisés. Écolo, non ?

Il faut astiquer cette « vaisselle » tous les jours :
« Elle est Jutha, dit-elle, elle a servi à nourrir Dieu ».

Kumari, qui tient une petite shop de thé en haut de la ghât, passe trois heures quotidienne à la frotter avec cendres et terre.










Gâteaux de lait, pétales de rose…






« On donne, alors l’Aarti peut avoir lieu, non ? » dit-elle d’un air de profond bonheur…












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