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Les deux citations qui me parlent le plus sont :
Celle de Marcel Proust : « Le vrai voyage ce n’est pas de chercher des nouveaux paysages mais un nouveau regard ». Proust est le type même du voyageur immobile. Il a écrit la Recherche du Temps Perdu quasiment enfermé dans une chambre… mais quel regard !
Mais aussi celle de Nicolas Bouvier : avec « ces serviettes élimés par les lessives qu’on vous tend avec un éclat de savon dans les bordels », pour la crudité de l’image mais aussi pour sa désuétude. Il faut être bien âgé aujourd’hui pour avoir connu, en France, ces fameuses « maisons closes » fermées par Marthe Richard en avril 1946. Peut être un sujet à traité : quand est-il de la prostitution en Inde ? Existe-t-elle, et sous quelle forme ? Est-elle « acceptable » ou est ce qu’il y a des dérives insoutenables comme dans certains pays du sud-est asiatique (enlèvements - prostitution infantile) ? Je sais que le « acceptable » est contestable…il n’y a jamais de prostitution heureuse…
Pour te répondre, Bec, je dirais que Bouvier évoque les "maisons" qu’il a pu connaître lors de ses voyages en Asie. Quand à parler de la prostitution en Inde… Dans mon village elle n’existe pas. Je me suis fait plusieurs fois la réflexion, jouissant du bonheur d’être entourée de jeunes filles aussi adorables qu’innocentes. Je sais que Bénarès possède un "red light quarter" : je n’y suis jamais allée. Si le sujet t’intéresse, une recherche sur le net répondra probablement à tes questions.
Pour en revenir à la citation de N.Bouvier, ce qui me plaît, c’est le contraste entre un sapin de Noël - un voyageur qui garnit son voyage pour le rendre le plus beau possible - ébloui par "l’exotique" - et le dépouillement de l’être - l’image crue dont tu parles - auquel se prête celui y qui met ses tripes et connaît l’agonie menant vers une re-naissance. Mais… chacun voit midi à sa porte… et seul Dieu sait tout !
edit le 30/08/2h32 : Je trouve que c’est une très bonne idée de s’exprimer sur ce qu’évoque pour chacun telle ou telle citation. Il y a matière à réflexion…
Merci Bec.
Quelle belle page !
Aujourd’hui, là, ce soir, j’ai bondi en lisant cette phrase ( décidément, encore Nicolas Bouvier) : "J’ai trois mois d’argent et la vie devant moi. C’est à moi de lui faire des offres." Oui, voila qui me parle d’esprit à esprit !! C’est exactement LA pensée qui occupe mes jours en ce moment.
D’autres parmis ces belles phrases sont des amies de longue date, comme celle-ci de Hesse :
"Das Glück ist ein Wie, kein Was ; ein Talent, kein Objekt."
..et si tu veux sa jumelle du même auteur, encore plus douce : "Glück ist Liebe. Wer lieben kann, ist glücklich."
Et je crois que je vais "piquer" celle-là : "Pourquoi dans toutes nos langues occidentales dit-on "tomber amoureux" ....." Elle me plait trop , merci Babeli ;-)))
Je crois que je vais revenir !
Oiseau Bleu en vadrouille
Je lis parmi toutes les citations sur le voyage celle-ci de Pierre Sansot :
« Un chemin se reconnait au fait que l’autre passant devient notre semblable et qu’il nous paraît inconvenant de ne pas le saluer. »
Anthropologue et écrivain il a quitté ce monde l’année dernière à l’âge de 76 ans. Pour l’avoir, plusieurs fois, croisé « silencieusement » il correspond bien à son personnage amoureux des « gens de peu ». Je trouve très ressemblant ce portrait retrouvé dans les archives du monde :
« il suivait un chemin qui ne répondait guère aux critères académiques ni n’obéissait à la stricte répartition des disciplines. D’ailleurs, avec son visage d’Indien, ses cheveux noués par un catogan, ses pantalons à gros carreaux et son parler méridional, il ne correspondait que de très loin à l’image habituelle du grand professeur. Enseignant de philosophie et d’anthropologie à Grenoble puis à Montpellier, il avait pourtant donné tous les signes de sérieux requis par l’Université. »
Le voyage n’est-il pas déjà en-soi avant d’être dans la poussière des chemins ?