Ramnagar, situé face à Bénarès, est la capitale du Maharadjah depuis le milieu du XVIII ème siècle. Anant Narayan Singh, le Maharadjah en titre, a un peu moins de la cinquantaine. Il succède à son père adoptif, Vibhuti Narayan Singh, décédé au Noël de l’an 2000.
D’après les dires des villageois, cela fait plusieurs générations qu’un fils de sang n’a pas occupé le trône. La famille aurait été victime de la malédiction d’un saddhu que l’on aurait oublié d’inviter à un festin. Les reines donnaient naissance à une progéniture exclusivement féminine. Que cette histoire soit vraie ou non, qu’importe, elle montre l’importance donnée aux ascètes dénués de tout, sauf de pouvoirs. Il semble que la malédiction soit maintenant expiée : en octobre 2003, une fête de trois jours était donnée en l’honneur du premier enfant du Maharadjah, un garçon.
La famille royale a de nombreuses propriétés immobilières et agricoles réparties entre Bénarès et le village. Plus de 200 personnes travaillent à l’année à la gestion de ce patrimoine. Si le Maharadjah de Bénarès n’a plus un rôle politique de premier plan, il s’affirme comme le gardien des traditions par la mise en œuvre annuelle du Ramlila, parmi d’autres évènements religieux. Le Maharadjah de Bénarès est considéré comme le représentant de Shiva, le grand Dieu, Mahadev. Les cris de la foule saluent chacune de ses sorties par des « Haré haré Mahadev » retentissants. Haré Haré Mahaaaaaaadeeev !
Le palais borde le Gange, dominant le débarcadère de ses tours vétustes,
ses remparts aux couleurs surrannées. Il a été construit autour d’un lingam trés ancien, près duquel le Mahabarata aurait été écrit, du moins en partie. C’est la raison pour laquelle nombre de pèlerins venus se purifier à Bénarès poussent la visite jusque là.
Une porte massive s’ouvre sur un porche, lieu de campement des gardes : des lits sont disposés de part et d’autre, les hommes discutent ou jouent aux cartes. Le visiteur débouche sur une grande cour, entourée de bâtisses. Tout de suite à gauche, un guichet vend les billets pour la visite du musée. Des salles décrépies, mal éclairées, empoussiérées, abritent quantité de trésors : carrosses, palanquins, howdah d’or, d’argent, ou d’os, Cadillac du début du siècle, armes de toutes sortes, crocodiles du Gange empaillés et divers trophées de chasse.
Le visiteur traverse ensuite la cour intérieure du palais. Des escaliers le mènent vers d’autres salles au charme vieillot, d’autres trésors : miniatures d’ivoire, textiles et vêtements royaux, mobilier ancien… Le parcours se termine par la salle d’audience, décorée de photos de souverains étrangers venus en visite officielle, à la belle époque.
La visite terminée, on aboutit à la porte du palais lui-même, lieu de résidence du Maharadjah. Deux gardes interdisent l’entrée. À quelque pas vers la gauche, s’ouvre un souterrain, nulle part signalé . Il débouche sur des jardins en aplomb du fleuve. Au nord, au sommet d’une butte, un charmant petit temple offre une vue splendide des ghâts de Bénarès, fondues dans la lumière du soleil couchant. Un homme énorme est assis dans le temple devant trois lingam décorés de fleurs jaunes et blanches. Il est fier de l’Histoire du sanctuaire : « Ce temple est très ancien », dit-il, « c’est le Ved Byas Mandir. Il préexistait à la construction du palais, en 1752. C’est ici qu’une partie du Mahabarata a été écrite. Ma famille est au service du Maharadjah depuis l’installation du souverain à Ramnagar. À cette époque, le village ne comptait que quelques maisons."
Adossé aux piliers du temple, on peut contempler la ville dans les brumes du fleuve. Les couchers de soleil y sont exceptionnels.
