Règles de conduites spécifiques aux sadhu jain
Outre ce qui est prescrit à tout Jain, les ascètes de cette branche ont des prescriptions particulières :
Ne jamais manger ou boire avant et après le coucher du soleil.
Ils ne cuisent pas leur propre nourriture, se satisfont de ce qui leur est donné en aumône, donc n’a pas été préparé à leur intention.
Marcher pieds-nus.
Après avoir reçu l’initiation, ils ne se coupent pas les cheveux mais se les arrachent une ou deux fois dans l’année. Cette pratique se nomme "Loch", ou "Keshlochan". Cela est considéré comme une sorte d’austérité, et d’assurance de ne pas tuer des êtres vivants éventuellement posés sur les cheveux.
Tatvayacha Maharadj
Sadhvi Svetambara tenant son "rajoharana", sorte de plumeau servant à balayer le sol des insectes éventuels. Au début de notre ère, des divergences religieuses ont scindé la communauté Jain en deux : les Digambara, ou « vêtus d’espace », et les Svetambara, « vêtus de blanc ».
Principales différences entre les ascètes de ces deux courants :
La nudité :
Les Digambara assument la nudité comme une obligation dans la voie du détachement, tandis que les Svetambara ne voient pas la chose comme essentielle.
La femme :
Les Digambara pensent que la femme manque de volonté et de rigueur pour atteindre la libération, et doit renaître dans le corps d’un homme. Les Svetembara affirment que la femme est apte au même accomplissement spirituel que les hommes.
Les possessions :
Les Svetambara ont droit à 14 articles, incluant vêtements, vaisselle, et divers objets utiles à la préservation de leur pureté tandis que les Digambara ne peuvent avoir qu’un plumeau de plume de paon et un pot à eau.
Mahavira :
Les Svetambara le disent avoir été conçu dans la matrice d’une Brahmane, puis par le changement d’embryon par le dieu Indra Ji, né d’une Ksatriya. Les Digambara dénient cette assertion. De même les affirmations Svetambara concernant son mariage ne sont pas acceptées par les Digambara.
Tirthankar :
Le 19ème tirthankar – Mallinatha – est considéré comme féminin par les Svetambara, masculin par les autres.
Textes canoniques :
Les Svetambara considèrent la littérature canonique, à savoir les douze « anga » (membres) et « sutra » (fil) tels qu’on les trouve aujourd’hui comme valides tandis que les Digambara affirment que les textes originaux sont perdus depuis longtemps.
Statut :
Les Digambara sont considérés comme les rois des sâdhu. Lors du rituel d’ouverture des Mahakumbh mela, ils marchent en tête recevant les honneurs de tous. Leur nudité est vue comme une émancipation totale des contraintes physiques et sociales.
Principaux festivals
Sadhu Digambara et dévote
Shravana Belgola, avec l’aimable courtoisie de
Joël Dousset.
Mahavir Jayanti
Les deux communautés considèrent le treizième jour de lune montante du mois de chaitra (mars-avril) comme la date anniversaire de Lord Mahavir. Tandis que les Digambara se rendent à Shravana Belgola, près de Mysore dans le Karnataka, les Svetambara privilgient Palitana, dans le Gujarat.
Paryusana ou Daslasksana Parva
Célébré par les deux communautés durant 8 à 10 jours pendant la saison de mousson, Paryusana débute le cinquième jour de lune montante de Bhadrapad (Août-septembre). C’est une période de jeûne, de méditation et d’étude des écritures. Les ascètes évitent de se déplacer afin de réduire les chances d’écraser des insectes. C’est un moment de repentance, où les cérémonies dans les temples revêtent un faste particulier, comprenant des processions, notamment chez les Svetambara. C’est aussi durant ces jours que sadhu et sadhvi s’arrachent les cheveux.
Diwali ou Deepawali
Marque l’anniversaire de la libération (moksha) de Mahavir. Il effectua son dernier sermon durant la nuit de Diwali.
Article relié : Jain, Jainisme
Articles en cours de rédaction : Une journée avec des sadhvi Svetambara
Encore un intéressant article sur le monde des Jains et des Sâdhus !
La magnifique photo de Joêl Dousset est tout de même bien troublante : On voit des hommes libres d’apparaître dans la simplicité et la beauté de leur corps nu à coté d’une femme portant le voile.
« Les Digambara pensent que la femme manque de volonté et de rigueur pour atteindre la libération, et doit renaître dans le corps d’un homme »
Je sais bien que je suis surement victime de mes « préjugés ethnocentriques » mais il est bien difficile de ne pas être choquée par cette assertion.
Ceci n’entache pas, bien sûr, le plaisir que j’ai à lire vos articles et l’intérêt de découvrir le monde fascinant des sâdhus.
Pour en savoir plus lire les livres suivants : Le Jaïnisme Philosophie et Religion de l’Inde Editions Tredaniel PARIS 5ème Les Jaïns aujourd’hui dans le monde Editiond L’Harmattan Rue des Ecoles Paris 5ème Mahavira- Le Grand héros des Jaïns Editions Maisonneuve et Larose Paris 5ème
Bonne lecture !
En réponse au premier commentaire, si l’on considère que le corps de la femme est dédié à la création d’un enfant (qui est une très belle et très noble tâche, et, de plus:visible... !) et celui de l’homme a la libération (qui en est une autre, mais celle-là, invisible... !) tout en ayant en tête que le jaïnisme « déclare » que toutes les âmes sont égales entre elles, sans tenir compte du corps qui l’emprisonne, il n’y a rien de choquant à dire cela, qui d’ailleurs ne concerne que l’une des deus sections du jaïnisme, les digambara... (l’hindouisme ascétique ne diffère pas dans cette conception, qui je le rapelle, est purement métaphysique, et reconnue comme telle) : Dans le jaïnisme, on admet pas que l’on puisse se considérer comme « supérieur » ou « inférieur » par rapport à une femme ou d’ailleurs, par rapport à n’importe quel être vivant, et agir de façon à le montrer, à humilier, ou à soumettre l’individu en question... car dans la vie sociale, c’est le respect réciproque qui doit toujours prévaloir : la femme photographiée ci-dessus est voilée, certes, mais c’est par pure coquetterie !... il s’agit du jaïnisme, pas de l’islam ni du judaïsme (dans le bible, il est conseillé aux femmes de se voiler...).
Bref, il ne sagit pas de machisme primaire, mais, peut-être bien au contraire, ce raisonnement vise à faire comprendre par un sous-entendu le rôle majeur de la femme dans la voie de la libération : car s’il n’y a plus de femme pour concevoir un enfant, ainsi, il n’y a plus d’hommes qui pourront naître et atteindre, peut-être, le royaume des âmes libérées (de sexe neutre, en fait : sans sexe, sans couleur, sans forme, sans goût, sans odeur...)... et puis, de toute manière, dans le jaïnisme on considère que telle ou telle naissance n’est qu’une étape parmi tant d’autres, je veus dire... X fois les hommes ont été des femmes, des femelles, X fois les femmes ont été des hommes, des mâles... il n’y a donc pas de quoi être choqué, ce n’est que de la métaphysique, et les femmes jaïnes sont les femmes les moins victimes de violences conjugales, d’illétrisme, etc, etc...
Enfin, si chez les digambara, on considère que la femme (plus précisemment, le corps de la femme...) est un problème pour atteindre le moksha, c’est aussi parce que les digambara considèrent que la nudité est une condition prérequise pour la libération du cycle des réincarnations, afin d’abandonner toute attache matérielle : une femme ne peut pas se mettre nue, car son corps est une immense source de désir sexuel pour les hommes (d’ailleurs, mieux vaut ne pas « aider » au viol, n’est-ce-pas ?) ; selon le raisonnement (métaphysique...) développé tout à l’heure, le corps d’une femme est dédié, en effet, à la reproduction, à la naissance d’une petite fille ou d’un petit garçon, et par conséquence : non à la libération. Remarquez : dans le jaïnisme des digambara(qui finalement est assez proche de celui des svetambara), on ne dit pas que la femme est « inférieure » à l’homme comme, il faut bien le dire, dans la plupart des religions, on dit qu’elle n’est pas encore prête à atteindre le royaume des siddha ( :nirvana jaïn), mais un jour, peut-être, elle l’atteindra, car on admet que l’âme est différente de ce corps qui lui permet de prendre une apparence physique, d’où le cycle des réincarnations.
Sinon, bravo pour votre site ! shabash !
Le corps de la femme dédiée à la création d’un enfant, celui de l’homme à la libération…tout en ayant en tête que le jaïnisme « déclare » que toute les âmes sont égales entre-elles, sans tenir compte du corps qui l’emprisonne
Tous les humains seraient égaux sans tenir compte du corps qui l’emprisonne ?
Si je ne suis pas mon corps (et on l’entend souvent dans les « philosophies orientales »)… fort bien nous sommes tous égaux ! Mais si je dois posséder un corps d’homme pour « parvenir à la libération », je suis désolée mais ça dépasse l’entendement : d’un coté je suis une âme mais pour ne plus être assujetti aux cycles des réincarnations je dois posséder…un corps d’homme ???
La question que je me pose est : jusqu’où pouvons nous aller dans l’observation d’une culture qui n’est pas la notre sans prendre position. N’y a –t-il pas une limite où nous devons dire : ceci n’est pas juste, ceci est manifestement une erreur. Est-ce que l’amour pour un pays ou le respect pour une culture doit forcément nous faire renoncer complètement à tout jugement. Il ne s’agit pas seulement de juger avec nos critères occidentaux mais de s’en référer à ce bon sens que nous possédons tous… à ce minimum de logique auxquels sont soumis nos malheureux corps ?
Merci Dino d’avoir lancé ce débat !
Concernant l’échange autour des Sadhu jain, cette idée vient de me traverser l’esprit :
Les Gurus Sikh dès l’époque du fondateur Guru Nanak ont affirmé la valeur, la divinité, la noblesse de la femme. Dans le même temps ils ont exprimé leur rejet des discriminations liées au système des castes. Cette façon de voir a donné naissance au concept de Khalsa établi par le 10e et dernier Maître vivant, Guru Gobind Singh qui a en quelque sorte institutionnalisé le caractère sacré de tous les hommes ET de toutes les femmes en leur décernant respectivement le titre de "SINGH" (lion) et de "KAUR" (princesse). Ainsi chaque sikh est un Singh et chaque femme une princesse. Or, l’origine de ces enseignements radicaux, est très souvent attribuée à Sant KABIR dont de nombreux chants ont été rassemblés et compilés dans le livre saint des sikhs, le SIRI GURU GRANTH SAHIB qui est pour tous les sikhs, le MAITRE vivant. (je place des majuscules à dessein) Comme chacun sait, KABIR vivait à bénares... De même, des chants et poèmes de TULSI DAS ont été annexés au SIRI GURU GRANTH SAHIB et ces textes continuent d’être chantés dans tous les temples sikh à travers le monde. La sagesse est immortelle, les différences de point de vue s’effacent devant l’expérience ou l"intuition de l’unité fondamentale omniprésente par delà l’ignorance des concepts. D’abord on perçoit la forme et l’on s’imagine le divin, puis l’on ressent le divin dans la forme, enfin le divin et la forme sont UN et il n’y a plus rien à discuter. Je serai à Varanasi pour une semaine début Aout après une abscence de 33 ans ! J’avais 20 ans à l’époque et je me souviens que la proximité du Gange, me plaçait automatiquement dans une sorte de méditation spontanée et silencieuse. Je sais qu’un immense de gratitude va me prendre lorsque je me tiendrai de nouveau sur ses berges. Merci pour ce beau site très inspirant..
Sat Nam