Différents termes sont utilisés pour désigner les ascètes :
Le même Ram prashad dans son environnement du moment.
En Inde, la voie de l’ascétisme est une soupape de sécurité pour la liberté individuelle soumise à pression par le système des castes, les obligations familiale et la vie collective. Cette liberté a son prix : l’ascète doit renoncer à sa vie familiale et à ses biens, vivre avec le minimum de vêtements, ne pas avoir de toit, bouger continuellement, vivre d’aumônes, et être consumé par la quête spirituelle. Ceci est plus qu’une image : à sa mort, le corps d’un sadhu n’est pas soumis au rituel de crémation, car il est dit que l’ascèse - en hindi "tapas", "feu" - brûle toutes les impuretés.
La plupart des sadhus que j’ai connus se réclament d’un Guru. Ils ont reçu - ou reçoivent encore - un enseignement par le biais de la pratique d’une discipline : ablutions rituelles à l’aube, peinture de signes sur le corps après les ablutions, accomplissement de rituels, d’ascèses, diète particulière, service des forces de l’Univers, observance de jeûnes… Chacun a ses propres pratiques, ses interdits, ses obligations.
La "satsang", ou assemblée des saints, est une pratique qui recoupe tous les courants. Ces assemblées surviennent ponctuellement : ce peut-être deux ou trois sadhus assis sous un arbre, et des passants qui se joignent, ou d’autres saddhus. Pour peu que la personne salue l’assemblée en montrant du respect, elle est invitée à se joindre au cercle. Elle peut ainsi jouir librement des paroles de sagesse de ces homme exceptionnels.
Derrière la gare, l’aventure…
Toujours le même Ram prashad, au premier plan. On voit le nom de RAM tatoué sur son bras. Une belle compagnie…La satsang
tient une grande place dans la vie d’un sadhu, quelque soit son obédience. Elle est l’occasion d’échanges spirituels, affectueux et chaleureux, échanges de nourritures terrestres aussi parfois. On y parle de la compréhension de la voie, de la vie des hommes, on s’y raconte les histoires de tel ou tel dieu en retirant des enseignements utiles aux humains, selon la compréhension et les expériences de chacun. On échange aussi des bons plans sur les chemins parcourus par les uns et les autres, on loue la générosité des habitants de tel ou tel village, l’avarice de tel autre… Le propre du sadhu est sa capacité d’écoute, sa mémoire, souvent inversement proportionnelle à sa capacité à lire ou écrire. Certains ont fait voeu de silence : leur présence est étonnement là, par les yeux, les sourires, les hochements de tête…
Il faut parler aussi des "faux", ceux qui n’ont que l’habit afin de profiter des avantages : aumônes, considération, gratuité des voyages… et intérêt des étrangers. Un oeil avisé les discerne aux premieres paroles. Certains ont l’honnêteté d’avouer la vénalité de leur choix. Ce ne sont pas de mauvais bougres…
Vous pouvez voyager avec les sadhu par les portraits de ma galerie de photo Les histoires sont en anglais. Travel through my photo gallery of sadhu, just follow the link, everything told in english.
Bon voyage au pays des sadhu
Have a good trip.
eli
Un très bel article sur les sâdhus !
J’ai bien aimé qu’il soit fait mention des faux sâdhus : ceux qui portent l’habit mais qui ne le sont pas dans l’âme. Et je suis prêt à parier qu’il existe même de vrais faux sâdhus, sans quoi l’Inde ne serait pas l’Inde. Les sâdhus font partis de l’imagerie et de nos fantasmes d’occidentaux.
A ce propos, j’aimerai faire un aparté sur le travail photographique d’eli au cours de ces dernières années (sourire)
On aurait pu craindre qu’elle ne soit toujours influencée par ses modèles sur Flick qui est un site très prisé des photographes internationaux où règne une philosophie esthétisante du monde. A propos de la Kumbha mela, plusieurs membres se sont plaints de l’environnement des poteaux et des fils qui « dégradaient » l’arrière plan des photos. On peut remarquer qu’aujourd’hui, et en de nombreuses occasions, eli n’a plus peur de ce qui « gâcherait » la photo comme la présence d’un autre photographe dans le champ. Personnellement j’ai envie de saluer cette impertinence qui vient déranger l’académisme des "photographes de beaux livres". A mon sens la réalité n’est pas « cadrable » pas plus qu’elle ne supporte le travail post photographique sur photoshop. Réduire l’Inde (ou tout autre pays, civilisation) aux yeux bleus de certain sâdhus ou à ceux verts d’une chanteuse célèbres des rues de Pushkar ne porte pas plus d’informations qu’une belle Californienne sur fond de Pacifique.
eli ne craint pas de donner des photos floues si elles sont porteuses d’un sens. En son temps elle n’a pas craint non plus de publier la photo d’un lépreux ! Une photo dérangeante mais qui interpelle...
Merci de votre commentaire. Je sais que vous suivez mon travail attentivement. La photo de Hanuman Ji le lépreux date de l’année dernière…
Les poteaux électriques en fond de photo… Il arrive qu’ils gênent, le photographe essaye de les éviter. Il veut fixer un instant, et quand il peut prendre le temps, il choisit un cadre et un angle qui lui permet d’exprimer ce qu’il ressent. Les poteaux distraient le regard, le photographe au contraire cherche à le centrer. Les poteaux électriques peuvent être un sujet, premier ou secondaires.
Néanmoins…
"L’esthétisme photographique" ne satisfait pas tout à fait mon approche de l’Inde, il n’est pas au premier plan de mes photos. L’émotion est dans l’instant, elle se capte souvent au détriment d’un cadre ou d’une mise au point. C’est malgré tout ce qui m’intéresse d’une manière générale et en particulier lors d’un portrait.
La relation établie avec le "sujet" est primordiale. Ram Prashad par exemple, qui illustre cet article, m’attirait dans sa personne. Nous avons longuement discuté, je suis retournée le voir plusieurs jours d’affilée, près de la gare d’Haridwar où il campait. Un homme si doux ! Une vie passionnante… des moments de sagesse partagés, très simples parfois, à boire du thé en regardant passer les trains… Des moments d’amour qui rendent le monde plus beau, des moments d’amour comme vous en connaîtrez dans le long pèlerinage que vous entreprenez.
Pieds nus ?
Non hélas je ne marcherai pas pieds nus… mais qui sait, avec un peu d’entrainement ? (sourire)
Je vois que sur le pèlerinage d’Amarnath (Ladakh à plus de 5000 mètres d’altitude) beaucoup marchent pieds nus sur un glacier de 7 kilomètres de long !
Pour y rencontrer Dieu et voir le Lingam du dieu Shiva, pyramide de glace dans une grotte, un jour précis, décidé par les astrologues.
http://www.indes-nepal-tibets.net/amarnath.html
On parle souvent des bienfaits sur la santé de la marche pieds nus (y compris sur des cailloux) notamment pour la réduction de l’hypertension.
Marcher sur des cailloux entraînerait une stimulation des points d’acupuncture situés sur la plante des pieds. De même, cet exercice activerait une partie du cerveau spécialisée dans le maintien de l’équilibre.