Surya shashti

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Fête du du soleil
Surya puja Bénarès 04

Date 2007 : mi-novembre



Le culte du Soleil est aussi ancien que la culture Indienne. Surya, le dieu Soleil, est décrit dans les Véda comme une source inépuisable de puissance et de radiance. Révéré chaque jour, plusieurs cérémonies particulières lui sont dédiées durant l’année. La surya shashti est ma préférée de toutes les fêtes auxquelles il m’ait été donné d’assister. Année après année, le sixème tithi de lune claire du mois de kartik. j’ai accompagné la famille de Janaki sur les bords du Gange… Sauf la dernière, en 2004, où jétais à Bénarès.

Extrait de mes notes 2001-2002

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Préparatifs
Surya puja Bénarès 04


Les femmes jeûnent durant trois jours, dans le but de garantir santé, longévité et bonheur à leur mari et leurs enfants, particulièrement leurs fils : c’est sur eux qu’elles comptent en cas de malheur…

J’arrive chez Janaki un peu après quinze heures ; la maison est en effervescence. Dans de grandes vanneries, d’appétissantes galettes sont empilées, confectionnées par Janaki elle-même, aidée de sa fille et de ses nièces, avec le nouveau sucre de l’année. D’autres corbeilles contiennent des fruits primeurs et des légumes joliment disposés. Une femme accroupie écrase sur une pierre plate des racines de turméric, des bouts de noix de coco fraîche, ajoutant de l’eau au fur et à mesure. La pâte, jaune est appliquée partout, sur les vanneries et les objets de la puja. (Désolée, je ne prenais pas ou très peu de photo à ce moment)





Janaki en est à son troisième jour de jeûne, son visage est lumineux, comme après une longue course en montagne. Surej, son mari, dit que ces jours-là, les femmes sont des déesses. Drapée d’un sari rouge bordé de orange, acheté spécialement pour l’occasion, Janaki est resplendissante : Janaki devi ! Pendant les quatre jours que durent la fête, son mari ne la touche pas.




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Le long de la rive…
Surya puja, Ramnagar 01



L’heure tourne, il faut y aller. Anand, le fils aîné, robuste gaillard, s’empare d’une énorme corbeille dans laquelle fruits, légumes, galettes, poudre rouge, pâte jaune, encens, ghee, colliers de fleurs, poteries ont été disposés. Il le met sur sa tête. Aroun, plus délicat, porte les longues cannes à sucre. Les deux frères, vêtus de Nike et de blue-jeans, vont en avant garder une place au bord du fleuve. Nous, les femmes, en sari et pieds nus, formons procession : nièces, cousines, sœurs, belles-sœurs, tantes, locataires , amies…. Au coin de la rue, le cortège de la voisine se mêle au nôtre. Arrivées au bazar, d’innombrables convois descendent vers Mère Gange, en chantant des mélodies douces, des hymnes au soleil. Les cannes à sucre marchent entre les bras des hommes, les énormes corbeilles de fruits et de gâteaux, posées sur les têtes se frayent un passage…



Au débarcadère, des centaines de femmes s’affairent à fabriquer des petits monticules de terre, les enduisent de pâte jaune, y posent une lampe à huile, des colliers de fleurs, du Sindour, des bâtons d’encens...






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En attendant le couché du soleil
Surya puja, Ramnagar 01






Les cannes sont plantées à quelques pas de la rive, dans l’eau : le bord du Gange s’orne d’une haie de canne à sucre. Lorsque tout est en place, Janaki, sa nièce et sa voisine descendent dans le fleuve jusqu’à mi-cuisse. Elles se tiennent immobiles face au soleil, mains jointes à hauteur de la poitrine : attente du couché de l’astre.









Je suis dans le groupe des assistants massées sur la rive. Surej nous a rejoint avec les autres hommes, famille de la voisine, des locataires, frères, oncles, neveux, amis… Il dit que c’est la première fois qu’ils font cette offrande :

- Ça coûte cher, deux à trois mille roupies. La famille vient à la maison, il faut la nourrir, et acheter tout le nécessaire pour la puja. Comme cette année notre situation est bonne, nos voisins nous ont dit de la faire avec eux.



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Surej honore Janaki Devi
Surya puja, Bhaloua ghat, Ramnagar 01


Magnifique soleil rouge, les hommes mains jointes devant l’astre, les femmes s’immergeant tandis qu’il disparaît…

Les compagnes restées sur la rive les assistent : elles allument l’encens, donne les vanneries autour desquelles va s’accomplir le rituel. Un prêtre nous a rejoint, peu avant le coucher du Soleil : il récite des mantr pendant que Surej verse l’Eau du fleuve autour des offrandes et de la tête de Janaki devi : elle a un visage de madone. Les deux mains participent à l’offrande, le bras gauche replié, la main touche le coude du bras droit tenant le pot… l’Eau du Fleuve retourne au Fleuve…







Les fils, les neveux, et tant d’autres descendent. Pantalons retroussés, pieds dans l’eau, ils accomplissent les mêmes gestes, chacun à son tour. Par les offrandes, par les mantr que prononce le prêtre, santé, bonheur et prospérité sont assurés à la famille.

Au retour, les déesses mènent la marche en chantant, portant devant elle une lampe à huile allumée. Il fait nuit. Les femmes vont dans la pièce de derrière, les hommes dans celle de devant. Quant à moi, étrangère androgyne, je suis demandée des deux côtés. Tout le monde veut assouvir sa curiosité… Une question revient souvent : « est-ce vrai que les gens boivent du vin dans votre pays ? » C’est difficile de leur montrer la dimension traditionnelle de cette habitude : pour eux, boire de l’alcool est une infamie.

Toutes les femmes dorment dans la même pièce, côte à côte, sur le sol recouvert de couvertures, habillées de leur sari du jour.


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Avant l’aube…
Surya puja, Bhaloua ghat, Ramnagar 01



À trois heures du matin, nous allons nous doucher les unes derrière les autres, avec un seau d’eau froide, et changeons de vêtements. Il est déjà quatre heures lorsque nous traversons la nuit en procession, comme la veille, pieds nus, chantant derrière la lueur des lampes à huile. Tout le long de la rive, les femmes sont là, à moitié immergées, grelottantes, face tournée vers l’endroit où se lèvera le soleil, d’ici deux heures… L’endroit est noir de monde.







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Avant l’aube… Janaki Devi
Surya puja, Bhaloua ghat, Ramnagar 01




Janaki ji, sa nièce et sa voisine rafraîchissent leur monticule de terre par des touches de pâtes jaunes, placent des colliers de fleurs, entrent dans l’eau jusqu’à mi-cuisse et attendent, mains jointes, frissonnantes, transies… Dans la froideur de la nuit, Janaki a un visage de suppliciée ! A jeûn pour le quatrième jour, elle prie le Soleil d’embrasser sa vie, d’accorder longue vie à ses fils, à son mari. Fils et maris sont les protecteurs d’une femme : ils la nourrissent, l’habillent, assurent sa sécurité et son bien-être. La femme, elle, nourrit, protège et habille l’âme de son mari. Dans l’Histoire, plus d’un homme tient sa force et son invincibilité de la fidélité et de la pureté du cœur de sa femme. La femme donne la vie, elle représente l’Acte de Création. Ainsi disent ceux qui, sur la rive, parterre de tête, foule remuante, participent de l’excitation de la fête.











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Janaki et Anand, son fils aîné
Surya puja, Bhaloua ghat, Ramnagar 01




Aux premières lueurs, les femmes s’immergent, de nouveau les hommes de la famille se succèdent pour les honorer… et se faire photographier. C’est une belle excitation, ça court partout, ça se bouscule… En remontant de la ghât, Janaki distribue fruits et sucreries à toutes les mains tendues, enfants, mendiants… Les autres femmes font de même.

De retour, nous mangeons les galettes qui attisaient ma convoitise. Elles sont excellentes. Janaki me montre une antique meule de pierre, avec laquelle elle a fabriqué la farine. Le blé vient du village de sa belle-famille. Nous sommes dans la maison d’un avocat, possédant moto, frigidaire, télévision, à l’aube du troisième millénaire…

Le prashad est partagé entre tous, Janaki ne me laisse pas partir sans un petit paquet contenant bananes, galettes, tranches de concombre, corossol, gour … Il est bientôt sept heures ; à huit heures je dois être à Bénarès pour la première matinée de la Nawapath au Gyanvapi… FIN D’EXTRAIT DE MES NOTES 2001-2002

En 2004, j’ai d’assisté à cette puja à Bénarès, seule. J’avais envie de vivre l’évènement "en intérieur"… À 4H du matin, Vishnu le bâtelier est venu me chercher, m’a promené tout le long des ghat… Le spectacle est d’une beauté inouie, l’athmosphère est indéscriptible… Les femmes se tiennent toutes emmêlées les unes dans les autres, tendues vers le point du Gange d’où pointera le soleil…

Moment ineffable.

Un texte y fait allusion ici : Nov-décembre 2004







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