Une journée en compagnie de Babaji

Gopal Das est un ancien chauffeur de camion. Il a travaillé jusqu’à la mort de son père, qu’il entretenait. Il avait déjà son look de Baba lorsqu’il conduisait son truck en fumant des shiloms…

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Baba Ji porte Ram sur ses épaules tout le mois que dure le pèlerinage



Aout 2001, la rencontre

Nos regards se sont croisés plusieurs fois durant le ramlila, mais je n’ai jamais osé l’approcher. Il se tient toujours près des petits dieux, auréolés d’un sacré qui m’est complètement inconnu, à moi, l’étrangère… Des traits blanc et rouge lui descendent de la racine des cheveux jusque sur le nez. Un énorme chignon sur le haut du crâne enferme ses djata (sorte de dreadlocks). Pieds nus, le torse nu orné du fil sacré et de signes occultes, il semble parcourir le monde depuis des temps immémoriaux.

Il nous rejoint sous le pakari, devant la maison : c’est un ami de Déonath. Nous nous saluons. Il a le regard insolent de celui à qui rien ne fait peur. J’ai le sentiment qu’il est aussi curieux de ma vie que moi de la sienne ! Nous faisons connaissance, sans impatience, presque en silence. Il s’appelle Gopal Das, mais tout le monde l’appelle Baba Ji.

(Photo Ramlila 2003)




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16 octobre 2001

« Eli maya », « mère eli », c’est ainsi que Baba Ji s’adresse à moi, d’une manière affectueuse : il dit se considérer comme mon fils. J’admire sa droiture, son intégrité, la cohérence de ses actes avec ses paroles. Si lui me tutoie, j’en suis restée au vouvoiement de respect.

19 novembre 2001

Il est huit heures du matin. En revenant du temple, je fais le détour par le tchok pour acheter des jalabis tout chauds à cette heure, et régaler la maisonnée. Gopal Das est assis en lotus sur le tchauki de l’une des tchaï shop devant le palais. Nous nous sommes apprivoisés maintenant, avons cheminé de concert parfois durant le ramlila, dans la nuit des chemins de boue, les rires et les bousculades. Je l’invite à partager des jalabis autour d’un thé à la maison.




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L’ashraam de Nikad


Le déjeuner terminé, une requête trotte dans ma tête :
- Baba Ji, le jour où Ram Ji traverse le Gange et rencontre le sage Valmiki, nous allons dans tant d’endroits qu’à chaque fois je me perds ! Vous, vous connaissez bien les lieux. Pourrions-nous faire le parcours en plein jour, afin que je me repère ?
- Tu veux qu’on aille à l’ermitage de Nikad, puis à Ganga Saagar, et jusqu’à Pokkara ?
- S’il vous plait, quand vous aurez un moment, et si cela ne vous dérange pas.
- Veux-tu y aller aujourd’hui ?

Et nous voilà, traversant le tchowk, l’étrangère marchant à côté du Baba pieds-nus, torse nu, montagne de jata sur le crâne, l’allure légère, l’allure d’un prince… Au bout de sa main droite se balance sa longue pince de métal dont il ne se sépare jamais. Elle lui sert à battre le rythme, à prendre des tisons et remuer le feu, à se défendre s’il est attaqué, à creuser un trou dans la Terre et tant d’autres usages. Je suis vêtue de ma longue robe bleu marine, un châle blanc entoure mes épaules. Je ne porte rien. L’écriture se fait dans la tête, dans l’attention du regard, et s’inscrit directement sur l’écran de l’ordinateur, le soir, dans la solitude du Fleuve. Le dossier contenant mes notes porte le titre de « Solitudes indiennes ».

Nous parcourons les chemins de forêts bordés de bosquets de bambous : l’ermitage de Nikad est un lieu paisible et beau. En dehors du temps du Ramlila, c’est un champ, avec la maison des cultivateurs.

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L’épisode du batelier, sur l’étang représentant le Gange


Nous marchons encore et nous voilà devant l’étang, le Gange…. Baba Ji raconte… De tous les personnages que Ram rencontre au cours de l’Histoire, le batelier est le seul qui reconnaît immédiatement sa nature divine.

- Tu te rends-compte ? Un simple bâtelier, sans instruction ? Il refuse de faire traverser le Seigneur : un rocher s’est changé en femme par le seul contact avec la poussière de Ses Pieds. Le batelier le sait, il craint pour son bateau, il a une famille à nourrir ! Et si son bateau se transformait en femme, comment fairait-il ? Si Ram accepte qu’il lui lave les Pieds, alors, mais seulement alors, il le transportera.

Baba Ji rit, rit du lila, rit du Jeu de Ram. Lui, le Seigneur, avoir besoin d’un passeur ?!!

- Et sais-tu ce que le batelier demande en paiement ?

Il se met à chanter les vers dans la langue de Tulsi Das :

« Tu es un passeur, comme moi.
Entre gens de même métier, point de monnaie.
Mais lorsque j’arriverai au terme de ma vie,
fais-moi passer la rivière des transmigrations,
accorde-moi la libération ! ».


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Pokkhara, un des lieux du lila

Nous contournons l’étang :
- là, continue Baba Ji, après être descendus du bateau, Ram fait un Lingam. de Terre et rend hommage à Shiva. Nous nous arrêtons plus loin, sous un arbre : ici il passe la nuit. Un peu plus loin encore c’est Prayag, et la fameuse Sangam… Nous arrivons à la bifurcation fatale : c’est là que je me suis perdue durant le Ramlila. L’ermitage de Bharadvaj est sur le chemin de gauche. Sous un arbre au milieu d’un champ, Baba Ji par ses mots installe un tissu rouge au sol, une peau de tigre sur laquelle il assied le sage, et il raconte l’arrivée de Ram, et de tous les sages des environs qui viennent l’admirer… Nous repartons par les chemins, arrivons en sueur à Pokkhara et buvons un thé en compagnie d’autres sadhus de ses amis. Que de moments magiques ! Un conteur pareil pour moi toute seule !

Sur le chemin du retour, je lui fais part, timidement, de mon désir de le photographier. Ca ne l’ennuie pas du tout ? Ah ! Je pensais le contraire… Je n’ai pas pris l’appareil, pensant que…

- Tu n’as qu’à venir cet-après-midi au bord du Fleuve près du débarcadère. C’est là que je reste dans la journée.



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Vers 15h, je pars à sa recherche. Son plastique est étalé sur la rive, son petit sac kaki, mais où est-il ? Il surgit de derrière les buissons, son pot de métal à la main. Il n’a pas ses marques sur le front, ni sur le corps. C’est parce qu’il est allé vider ses intestins, et pour faire cela, il doit les enlever. C’est l’heure de ses ablutions. Profitant de l’aubaine, je le proclame « héros du jour » : je vais le photographier tout le long de son rituel. Il accepte en rigolant : « moi, un héros ? »





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Il entre dans le Gange à mi-cuisse, touche différents points de son corps d’un doigt trempé dans l’Eau à chaque application : ce sont les points où habituellement il a ses marques blanches et rouges : le front, la gorge, les bras, le ventre. Il s’immerge dans le fleuve à trois reprises, offrant de ses mains en coupes l’Eau au Soleil, aux Sept rishis (Saptarishis) du temps jadis.








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Asnaan - Ramnagar









Il s’assoit sur la rive, rince son linge, frotte son pot de métal avec de la Terre. Le pot étincelle sous le soleil. Il le remplit de l’Eau du fleuve.








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Tilak
Baba ji, février 2002













De retour sur son plastique, il sort de son sac un miroir, un petit bâton blanc, verse un peu d’eau dans sa main, y frotte le bâton blanc, trempe un bout de bois dans le mélange et dessine sur son corps les marques le consacrant.

















Puis il prend la poudre rouge d’une petite boîte, prépare un mélange avec de l’eau, dans sa main, achève ses dessins. S’il se laisse photographier sans broncher, il n’est pas pour autant disposé à expliquer : « C’est l’enseignement de mon guru ! » répond-il d’un ton sec.

Patience… Bribe par bribe, je finirai par comprendre…

Vous pouvez retrouver Gopal Das Babaji à la Kumbhmela d’Allahabad.










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