Tandis que Basant balaye murs et plafonds à grands coup de chiffons, Bhola vient en visite. Nous nous installons sous le tamarinier, l’air venant du fleuve adoucit la chaleur brûlante. Je lui offre un ipod contenant tous les enregistrements que j’ai fait de ses chants, du mariage de sa fille, du Ramlila. Il a un peu de mal à comprendre le fonctionnement, mais il sait que son fils s’en sortira. Basant a déjà bien avancé le travail et le soleil est prêt à se coucher lorsque je pars à Bénarès passer les deux jours que durera le passage de la chaux. Basant ne s’est pas rendu compte que je le photographiais.
Mon ami Ramram le batelier, celui qui rit tout le temps, zone près du débarcadère, comme à l’habitude. Tout heureux de me revoir, il m’emmène auprès de Baba Ji, assis avec ses amis habituels. Les retrouvailles sont chaleureuses, chacun répète que c’est Dieu qui m’appelle ici. On m’apporte des beignets, de l’eau, le chilum circule…
Lorsque je pars vers le bateau, j’ai du mal à enchaîner les mouvements. Heureusement, Ramram me rappelle que j’ai des sacs, sinon je les oubliais… ordinateur compris ! Il me conduit jusqu’au bateau, me trouve une place, et m’accompagne jusque de l’autre côté du Gange : « pour moi, le passage est gratuit » lance-t-il en rigolant.
Arrivée à Lanka, un saddhu vient me demander l’aumône. Royale, je lui donne un billet de dix roupies ( les locaux donnent rarement plus qu’une roupie). Eh bien, il fait la grimace, et me tend mon billet ! Je le réprimande : « Comment ! Vous dédaignez ce que Dieu vous envoie ??? » Il reste pantois, et j’en profite pour héler un tempo. L’homme s’encadre dans la portière, me regarde, émerveillé : « Merci, dit-il, tu m’as dit une parole juste, c’est bien, ce que tu m’as dit ».
Ah ! L’inde est pleine de surprises.
Une demi-heure à bringuebaler dans le tempo, quelques ruelles sombres à enfiler, quelques hésitations : une chambre tout confort au bord du Gange chez un brahmane voleur-assassin et propre sur lui (son histoire vaut le détour mais ce sera pour une autre fois) ou une chambre rudimentaire chez mes amis du Chandan ?
Ram Ji et son fils
J’opte pour le Chandan, où Ram Ji m’accueille avec son bébé dans les bras. Lorsque j’étais venu lui dire au-revoir, en octobre 2003, sa femme venait d’accoucher et il était très inquiet car elle avait eu une césarienne. L’accouchement s’est passé à Calcutta. Sa femme, comme le veut la coutume, était allée auprès de sa mère un peu avant la venue du bébé. Ni les uns ni les autres n’ayant le téléphone, Ram Ji était sans nouvelle. Sa femme va bien, le voilà heureux, en adoration devant son fils :
« il ne pleure que quand il faim, il s’intéresse à tout… ».
Quand je l’ai connu en 99, il n’était pas encore marié. Ram ji est un homme de devoir : il a attendu que sa famille lui choisisse une femme. Combien de fois ne m’a-t-il pas affirmé « ici, c’est pas comme chez vous, nous vivons pour la famille. »