mardi 17 août 2004 : 
Une visite à l’hôpital

La chaux trempe devant la maisonDès 9h, toc toc toc… Basant est là, réjoui d’avoir du travail. Il explique qu’il ne pourra commencer aujourd’hui, car une brosse à passer la chaux coûte 120 roupies au chowk, alors que s’il la fabrique lui-même, cela reviendra à 15 roupies, et l’outil sera de meilleure qualité. La logique est imparable, je lui donne 15 roupies, et nous prenons rendez-vous pour demain 9h. La chaux attendra, dans son baquet devant la maison.

À 9H30, le tempo commandé la veille en allant au temple fait entendre son ronronnement. Mamie tient à peine debout, elle est toute courbée, pâle…en route pour le « Héritage Hospital », établissement à l’équipement moderne soignant tous les étrangers que compte Bénarès. « Ca va te coûter cher » m’a dit Déonath. Certes, mais c’est efficace. Lorsque j’avais amené Bhabie se faire soigner de la lèpre, la guérison avait été fulgurante.

Face à l’entrée, des gens campent allongés sur des plastiques, certains font la cuisine. Un garde en habit kaki nous ouvre la porte, Mamie s’appuie péniblement sur mon épaule. Un jeune homme plein de sollicitude nous conduit dans une petite pièce dont la porte s’orne de l’inscription « emergency », urgence. Un médecin fait un rapide diagnostic, rédige une note, et nous dirige vers un spécialiste, non sans avoir questionné l’étrangère. Qui est-elle, pour se soucier de la santé de cette pauvresse ? Il ouvre des yeux tout ronds quand il entend que cette femme est « ma mère ».

Nous voilà munies d’un beau papier annonçant que l’hôpital est à la norme Iso 9001. La salle d’attente du docteur est pleine, et lorsqu’il arrive enfin, tous se précipitent en même temps à sa porte. Le secrétaire rigole derrière son guichet en voyant ma tête, m’appelle, et me conduit direct devant le bureau du médecin. « Cette femme est anémique » lance ce dernier après avoir vu Mamie trois minutes. Il dresse une liste d’examen à faire et nous fixe un rendez-vous pour 16H30, résultats en main. Mamie se prête à tout, docile, et à midi nous avons terminé. Je l’emmène manger dans un petit restaurant près de l’hôpital, l’installe à l’ombre en compagnie des campeurs, et part en quête d’un serveur internet, afin de pouvoir me connecter du village avec mon ordinateur. Impossible de trouver une personne compétente, mais j’ai plusieurs rendez-vous avec « des » qui m’ont dit : « revenez demain, mon ingénieur sera là. »

Je retrouve Mamie attendant sagement, récupère les résultats des examens, et à 16H, nous voilà devant la porte de notre cher docteur. Lorsqu’il arrive à 18 heures, le cirque du matin se renouvelle, en pire. Je joue des coudes, prends les mêmes airs importants que ceux qui estiment avoir le droit de passer devant, nous sommes en première position. Le docteur jette à peine un coup d’oeil sur les examens : Mamie n’a aucune maladie, elle souffre simplement d’anémie, et c’est ce qui provoque toutes ses douleurs ! Il prescrit quelques médicaments que j’achète à la pharmacie de l’hôpital. Durant le trajet du retour, Mamie raconte comment elle se sent délaissée par son fils ; « je lui demande des sous, il dit qu’il n’en a pas, alors je reste assise et je me tais… » répète-t-elle inlassablement de sa voix tranquille. Je ressens de la colère, mais je ne veux pas me laisser embarquer dans leurs histoires de famille. En rentrant, je dis simplement que Mamie doit manger correctement, et tous se récrient : elle ne veut pas manger ! Ce n’est donc pas qu’une histoire de sous…











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